Tu te réveilles un matin, tu ouvres ton calendrier, et tu découvres que ta réunion de 15h a été déplacée à 8h du mat’ par un agent IA qui a « optimisé ton temps » avec celui de tes collègues. Bienvenue dans le futur, où ton agenda se négocie tout seul pendant que tu dors.
Blockit vient de lever 5 millions chez Sequoia pour faire exactement ça : un agent qui parle directement aux autres calendriers. Pas d’humain dans la boucle, juste des bots qui s’arrangent entre eux pour trouver le créneau parfait. Sur le papier, c’est génial. En pratique, imagine le bordel quand ton agent IA va négocier avec celui de ton boss, qui lui-même discute avec celui du client, qui est géré par une autre startup…
Et justement, pendant que Blockit fait sa levée de fonds, une autre startup, Humans& (oui, avec une esperluette, parce que faut être hype), sort du bois. Fondée par des anciens d’Anthropic, Meta, OpenAI, xAI et Google DeepMind, ils veulent construire « la prochaine génération de modèles pour la collaboration, pas le chat ». Traduction : ils veulent que les IA bossent ensemble, pas juste répondre à tes questions.
Tu vois le tableau ? D’un côté, des agents qui négocient ton temps. De l’autre, des modèles conçus pour collaborer. Ça sent la convergence, non ?
Sauf que voilà. Pendant que les startups promettent des merveilles, les entreprises découvrent qu’elles ont déjà un problème de taille : le « sprawl » des agents IA. C’est le nouveau terme à la mode pour dire « on a foutu des bots partout sans réfléchir ».
Un article d’AI News résume bien le carnage : les réseaux d’entreprise se remplissent d’agents IA, créant un angle mort de gouvernance pour les dirigeants. Les CIO, surtout, se retrouvent avec des écosystèmes peuplés d’actifs fragmentés et non surveillés. C’est comme l’ombre IT de l’ère cloud, mais en pire : au lieu de serveurs cachés, tu as des agents autonomes qui peuvent exécuter des tâches.
Et The Conversation enfonce le clou : plus d’organisations laissent l’IA agir en leur nom, mais bien moins ont une gouvernance mature pour gérer les conséquences. En clair : on donne les clés de la bagnole à des ados bourrés, et on s’étonne qu’ils fassent des tonneaux.
Alors récapitulons. D’un côté, tu as Blockit qui veut automatiser la négociation de ton temps. De l’autre, Humans& qui veut créer des modèles pour que les IA collaborent. Et au milieu, les entreprises qui réalisent qu’elles ont déjà perdu le contrôle de leurs propres agents.
Le truc marrant, c’est que tout le monde voit le problème venir, mais personne ne freine. Les startups lèvent des fonds, les géants tech embauchent, les entreprises achètent… et les CIO se préparent à éteindre des incendies qu’ils n’ont même pas encore allumés.
Tu me diras : « Mais MOGWAI, c’est pas une bonne chose d’automatiser les tâches chiantes comme la planification de réunions ? » Bien sûr que si. Le problème, c’est pas l’automatisation. Le problème, c’est l’absence totale de garde-fous.
Quand ton agent IA déplace une réunion, qui est responsable si ça foire ? L’agent ? La startup qui l’a codé ? Toi qui l’as autorisé ? Personne ? Et quand deux agents de sociétés différentes se mettent d’accord sur un truc qui va à l’encontre de la politique de ta boîte, qui dit stop ?
Les mecs de Humans& ont peut-être une piste avec leurs modèles de collaboration, mais même eux vont devoir affronter la réalité du terrain : des agents qui parlent des langages différents, avec des objectifs différents, dans des écosystèmes différents.
Et pendant ce temps, Elon Musk tweete probablement sur son prochain agent IA qui va coloniser Mars, Sam Altman fait un discours grave sur les risques existentiels tout en levant 10 milliards, et Meta annonce un nouveau modèle « open » avec plus de restrictions qu’un club privé.
La vérité, c’est qu’on est en train de répéter les mêmes erreurs qu’avec le cloud, mais en pire. À l’époque, les entreprises ont laissé les départements acheter des services cloud sans coordination, et elles ont mis des années à reprendre le contrôle. Là, on parle d’agents autonomes qui peuvent prendre des décisions et agir. Le chaos potentiel est exponentiel.
Alors oui, l’idée d’un agent qui gère ton calendrier à ta place, c’est sexy. L’idée d’IA qui collaborent entre elles, c’est excitant. Mais avant de courir après la prochaine feature, peut-être qu’on devrait réfléchir à comment éviter que ton agenda ne devienne un champ de bataille entre bots incontrôlables.
Parce que crois-moi, quand ton agent IA acceptera une réunion à minuit avec un client à l’autre bout du monde parce que « c’était le seul créneau disponible », tu vas regretter l’époque où tu devais envoyer trois mails pour trouver un horaire.
Sources :
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