Réunis au Maintainers Summit de Prague le 8 octobre, les mainteneurs du noyau Linux ont tranché : le badge « Assisted-by », ce label apposé aux correctifs conçus avec l’aide d’un modèle de langage, est bon pour la poubelle. Personne n’a eu besoin de sortir les invectives sur la table ronde. Linus Torvalds les avait déjà servies.
Sa réponse à ceux qui voulaient sanctuariser l’étiquette date de la nuit du 13 au 14 octobre, et elle pique. « Je ne comprends pas toute cette idée idiote du « n’utilisez pas l’IA pour X ». Voici une nouvelle règle rien que pour vous : n’utilisez aucun compilateur pour vos contributions. Parce que si vous ne pouvez pas démontrer que vous comprenez réellement ce que fait la machine en écrivant votre code en assembleur, alors je ne veux pas voir votre contribution. » Et il enfonce le clou : « Ne voyez-vous pas à quel point ce genre de règles serait ABSOLUMENT STUPIDE ? » Le bonhomme ne réclame qu’une chose, que les gens fassent de leur mieux et comprennent ce qu’ils font.
Le sujet ne date pas d’hier. L’idée du label remonte à une proposition de Sash Levin, développeur chez NVIDIA et co-mainteneur des versions LTS du noyau, en juillet 2025. Le « Co-developed-by » initial se mue en « Assisted-by », l’affaire est adoptée au Maintainers Summit de fin 2025, puis formalisée dans un document, coding-assistants.rst, embarqué dans le noyau 7.0. Torvalds, lui, doute dès le départ. En janvier 2026, il refuse que la doc prenne parti. En mai, il tempête contre le raz-de-marée de rapports de bugs pondus à la chaîne par des outils automatiques, ce que l’équipe FFmpeg appelle le slop, la bouillie. Deux mois plus tard, le service Sashiko de Google, qui passe la mailing-list au crible pour publier des reviews automatiques, relance la machine. Torvalds recadre sans rejeter en bloc : l’IA est utile quand elle est bien utilisée.
Son problème n’a jamais été l’outil. C’est celui qui le tient.
L’aveu le plus parlant vient de Jonathan Corbet, de LWN.net, qui a fait le compte-rendu du sommet de Prague. Le noyau 7.3, c’est 18 533 changements. 10 % des correctifs portent la mention « Assisted-by ». Et Corbet d’ajouter que le nombre réel de correctifs épaulés par un LLM est « sûrement bien plus élevé ». Autrement dit, l’étiquette n’a jamais dit la vérité. Elle affichait 10 % là où le vrai chiffre se cachait ailleurs. Un badge qui ment, tu parles d’un garde-fou.
Tout le monde n’est pas d’accord pour le jeter. Laurent Pinchart, dans un message du 13 octobre, refuse la suppression tant qu’aucun mécanisme de remplacement n’existe. Son argument se tient : une règle fixe les attentes, même si certains la contournent. Sauf que Torvalds renvoie la balle sur un terrain plus solide. Les contributions pourries, dit-il, viennent de nouveaux développeurs qui ne savent ni comment utiliser l’IA ni comment fonctionne le noyau. Les mainteneurs racontent la même chose depuis des mois : ils tentent de mentorer, c’est presque toujours une perte de temps, les gens n’écoutent pas. Le problème n’est pas l’outil, c’est la compétence. Ou, comme on le disait déjà avec ce mod Skyrim codé par un agent, encore faut-il que quelqu’un se relise.
Pendant que le monde du libre règle ce compte-là, il en règle d’autres ailleurs. Côté modèles, Xiaomi vient de bousculer Moonshot et DeepSeek sur le terrain de l’open source, à en croire L’Usine Digitale. Côté code, le noyau a choisi sa voie : pas d’étiquette, juste des gens censés comprendre ce qu’ils font.
Le plus révélateur, c’est que la communauté a passé près d’un an et demi à débattre d’un tampon. Pendant ce temps, les correctifs pleuvaient, les RC 6 et 7 du noyau 7.3 sont devenus la « nouvelle normalité », et il a bien fallu vivre avec. On peut coller autant d’étiquettes qu’on veut sur du code, ça ne dira jamais si la personne en face a lu une seule ligne de ce qu’elle valide. On n’interdit pas un outil, on exige juste des gens qu’ils pigent leur boulot. Le reste, c’est de la papeterie.
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