Amelia, la goth girl raciste qui n’existe pas

Tu te souviens de cette époque où les mèmes, c’était des chats grincheux et des philosophes antiques détournés ? C’était plus simple. Aujourd’hui, on a Amelia. Une lycéenne goth aux cheveux violets, fièrement armée d’un mini-drapeau britannique, qui carbure au racisme et squatte les recoins les plus sombres du web. Le truc, c’est qu’Amelia n’existe pas. Pas une seule molécule d’ADN, pas un instant de vie réelle. Juste des pixels et du code, conçus à l’origine pour décourager les jeunes de basculer dans l’extrémisme. Ironie du sort, ou plutôt échec cuisant : elle est devenue la mascotte involontaire de ceux qu’elle devait combattre. Un détournement si parfait qu’il en devient une étude de cas sur la façon dont l’IA peut échapper à tout contrôle.

Attends, ça devient croustillant. L’idée de base, c’était noble, naïf peut-être. Créer un personnage crédible pour parler aux ados, leur montrer les dangers de la radicalisation. Sauf que l’algorithme, lui, n’a pas de morale. Il a juste vu une goth avec un drapeau, et les communautés d’extrême droite ont sauté sur l’occasion. Elles se sont approprié Amelia, lui ont prêté des propos haineux, en ont fait un symbole de leur propre récit. Le personnage a « break out of niche online silos », comme dit The Guardian. Traduction : il fuit les silos pour infecter des flux d’actualités plus larges. Un virus mémétique qui se propage sans que ses créateurs ne puissent rien y faire. Tu vois le délire? On voulait un vaccin, on a créé une souche mutante.

Et pendant ce temps, de l’autre côté de l’Atlantique, Google Photos lance une fonctionnalité pour transformer tes selfies en mèmes générés par IA. Oui, toi, avec ta tronche du dimanche matin, tu peux devenir le prochain grand truc viral. The Decoder en parle sobrement, mais pose-toi deux secondes. On a donc Amelia, création institutionnelle détournée en arme de propagande. Et Google qui met entre les mains de millions d’utilisateurs les outils pour créer leur propre folklore numérique. C’est pas la même échelle, c’est pas la même intention, mais c’est le même principe : tu donnes un pinceau magique à tout le monde, sans savoir ce qu’ils vont peindre sur les murs.

Le problème avec Amelia, c’est pas l’IA en soi. C’est la croyance aveugle que tu peux contrôler le récit. Tu crées un personnage pour éduquer, mais une fois lâché dans la nature numérique, il appartient à la foule. Les communautés en ligne sont des machines à détourner, à subvertir, à réinterpréter. Elles prennent ton outil de prévention et en font un étendard de haine. Et là, les créateurs d’Amelia sont probablement en train de se gratter la tête, à se demander comment tout a pu dérailler à ce point. La réponse est simple : tu ne joues pas avec le feu des mèmes si tu n’es pas prêt à te brûler.

Alors, qu’est-ce qu’on retient de ce bordel ? D’abord, que les bonnes intentions ne suffisent pas. Ensuite, que l’IA, surtout quand elle touche à l’identité et à la culture, c’est un terrain miné. Amelia n’est peut-être qu’un premier avertissement. Avec les outils de Google Photos et autres, n’importe qui peut maintenant créer des avatars, des personnages, des récits alternatifs. Certains seront drôles, d’autres innocents. Mais certains, inévitablement, seront toxiques. Et une fois lâchés, impossible de les rattraper.

La leçon, si tu veux mon avis, c’est qu’on devrait peut-être arrêter de croire qu’on peut dompter la bête. L’IA générative, c’est comme donner un mégaphone à chaque internaute. Certains chanteront, d’autres crieront des insanités. Amelia, c’est juste le premier gros pétard qui a explosé à la figure de ceux qui pensaient maîtriser le jeu. Et ce ne sera pas le dernier. Alors, la prochaine fois que tu verras un personnage trop parfait, trop chargé symboliquement, pose-toi la question : et si c’était juste un fantôme algorithmique, prêt à hanter nos pires instincts ?


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