Les compétences IA ou comment doubler la demande sans savoir ce qu’on fait

C’est le genre d’étude qui te fait à la fois sourire et grincer des dents. SkillsFuture, l’agence singapourienne, vient de publier des chiffres qui montrent que la demande pour les compétences en IA a plus que doublé. Oui, tu as bien lu : plus que doublé. Ça explose, ça décolle, tout le monde veut son morceau du gâteau IA. Mais attendez, il y a un mais. Et pas un petit. Le même rapport insiste : les compétences fondamentales (je parle de la pensée critique, de la communication, de la résolution de problèmes) restent essentielles. En clair, on court après les outils sans savoir s’en servir. Un classique.

Les entreprises embauchent à tour de bras des « experts IA », des « data scientists », des « prompt engineers » (mon dieu, ce job title), mais en réalité, ils cherchent juste des gens qui savent cliquer sur ChatGPT et copier-coller des réponses. La demande a doublé, mais la qualité, elle, stagne. Autant vouloir conduire une Ferrari sans permis. On se retrouve avec des projets foireux, des budgets gaspillés, et une frustration généralisée. SkillsFuture a le mérite de pointer du doigt l’évidence : sans compétences de base, ton IA, c’est juste un jouet cher.

Et t’as Ben’s Bites qui titre « Skills are taking over », les compétences prennent le dessus. C’est mignon, mais un peu naïf. Parce que non, les compétences ne prennent pas le dessus ; ce qui prend le dessus, c’est la confusion. Les entreprises sont tellement obsédées par l’IA qu’elles oublient que la technologie ne remplace pas le cerveau. Tu peux avoir le meilleur modèle du monde, si tu ne sais pas poser la bonne question, interpréter les résultats, ou communiquer les insights, t’es bon à rien. SkillsFuture le dit, mais est-ce que quelqu’un écoute ?

Regardons autour de nous. Combien de formations en IA promettent de faire de toi un génie en trois semaines ? Combien de certifications à la con fleurissent sur LinkedIn ? Tout le monde veut sa part du buzz, mais personne ne prend le temps de bâtir des fondations solides. C’est le grand paradoxe : on double la demande pour des compétences qu’on ne définit même pas clairement, tout en négligeant celles qui font vraiment la différence. SkillsFuture a raison de sonner l’alarme, mais dans le brouhaha médiatique, son message risque de se perdre.

Où ça nous mène, alors ? À un marché du travail schizophrène. Des offres d’emploi réclament des compétences IA pointues. Pendant ce temps, des recruteurs ne savent pas ce qu’ils cherchent. Et au milieu, des travailleurs qui se forment à la va-vite, espérant surfer sur la vague. On risque une bulle de compétences, où tout le monde parle IA mais personne ne la maîtrise vraiment. SkillsFuture essaie de ramener un peu de bon sens, mais face à l’hystérie collective, c’est un peu comme crier dans le vent.

En fin de compte, cette étude est un rappel salutaire. L’IA, c’est un outil, pas une fin en soi. Doubler la demande, c’est spectaculaire, mais si c’est pour produire des incompétents bardés de jargon, on n’a pas avancé. SkillsFuture le dit : bosse tes bases, cultive ton esprit critique, et ensuite, peut-être, tu pourras jouer avec l’IA sans foutre le bordel. Parce que oui, les compétences sont essentielles – mais seulement si on sait ce qu’elles signifient.


Sources :

Categories

Comments are closed

Latest Comments

Aucun commentaire à afficher.