Le journal de l’horreur numérique

Tu te réveilles, tu checkes ton score de sommeil sur ton Oura, tu vérifies tes pas sur ta Fitbit, tu demandes à ton enceinte intelligente la météo. Routine banale, non ? Sauf que pour 829 femmes en trois mois fin 2025, cette routine est devenue un cauchemar orchestré par leur conjoint violent. Refuge, une association britannique de lutte contre les violences conjugales, tire la sonnette d’alarme : les objets connectés et l’IA ne sont plus des gadgets sympas, mais des armes de contrôle massif. Et les chiffres donnent froid dans le dos : +62% des cas les plus complexes, +24% chez les moins de 30 ans. L’innovation, quand elle sert à traquer, humilier et isoler, c’est ça, la « révolution » silencieuse.

Les smartwatches, les anneaux Oura, les thermostats connectés, les enceintes Alexa… Autant de mouchards numériques que n’importe quel abruti peut détourner pour surveiller les déplacements, écouter les conversations, verrouiller la maison à distance ou envoyer des messages menaçants automatisés. L’IA ? Elle permet de générer du deepfake pornographique, de simuler des appels, d’analyser les données en temps réel pour repérer les « écarts ». C’est l’art de la violence psychologique augmentée, avec une précision qui ferait rougir un stalker des années 90. Et le pire, c’est que ces outils sont vendus comme des promoteurs de bien-être. Ironie tragique : ton bracelet qui te dit de bouger plus peut aussi dire à ton bourreau que tu as tenté de fuir.

Refuge, dans son communiqué exclusif relayé par The Guardian, ne mâche pas ses mots. Les références à leurs services spécialisés explosent, et les jeunes femmes sont particulièrement touchées. Normal : elles baignent dans la tech depuis l’enfance, et leurs agresseurs savent jouer sur ce terrain. Prenons un exemple : tu reçois une notification « Ta fréquence cardiaque est anormalement élevée – stress ? » envoyée par ton ex via une appli pirate. C’est du harcèlement à la nanoseconde près, avec une dose de gaslighting algorithmique. Les cas les plus complexes impliquent des réseaux d’appareils, des logiciels espions et des manipulations de données si sophistiquées que les victimes mettent des mois à comprendre l’étendue du piège.

Et pendant ce temps, les géants de la tech, que font-ils ? Ils font la promotion de leurs écosystèmes « sécurisés » et de leurs politiques de vie privée, tout en vendant des jouets qui, avec deux lignes de code, deviennent des outils de torture. Où sont les garde-fous ? Où est la responsabilité des fabricants ? On parle beaucoup de l’IA qui va nous remplacer au boulot, mais peu de celle qui permet à un tyran domestique de verrouiller la porte à distance pendant que sa compagne est dehors. Le grand écart permanent est criant : d’un côté, on nous serine que la tech va améliorer nos vies ; de l’autre, elle sert à briser des existences avec une efficacité terrifiante.

Les commentaires sur Hacker News – encore vides au moment où j’écris – risquent de verser dans le déni (« C’est un problème humain, pas technologique ») ou la techno-solution naïve (« Il faut juste mieux chiffrer »). Mais le vrai sujet, c’est que la course à l’innovation ignore superbement les dérives potentielles. On fabrique des outils hyper-puissants sans réfléchir à comment ils pourraient être détournés par les pires ordures. Et les victimes, elles, paient le prix fort, souvent isolées, honteuses et méfiantes envers une technologie qu’elles associent désormais à la peur.

Alors oui, c’est facile de blâmer les utilisateurs ou de dire « il faut éduquer ». Mais quand une femme sur trois dans le monde subit des violences, et que la tech donne aux abuseurs des super-pouvoirs, c’est tout le secteur qui doit se remettre en question. Refuge appelle à une régulation plus stricte et à une sensibilisation des forces de l’ordre. En attendant, le constat est simple : ton bracelet connecté pourrait être ton meilleur allié santé… ou le pire cauchemar de ta vie. À chacun de voir s’il veut jouer à ce jeu.


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