Alors, comment tu te sens ce matin ? Prêt à affronter le futur radieux où l’intelligence artificielle va tout bouleverser ? Non ? Normal. T’inquiète, t’es pas seul. La semaine à Davos vient de nous servir sa dose habituelle de prédictions anxiogènes, le tout saupoudré d’une ironie si épaisse qu’on pourrait la trancher au couteau.
Commençons par le spectacle. Kristalina Georgieva, la patronne du FMI, a pris la parole devant le gratin du World Economic Forum pour nous annoncer une nouvelle plutôt rassurante : l’IA sera un « tsunami » sur le marché du travail. Sympa. Sa recherche maison suggère que 60% des jobs dans les économies avancées vont être affectés. Et devine qui va en prendre plein la gueule en premier ? Les jeunes, bien sûr. Parce que c’est bien connu, les postes juniors, les rôles d’entrée de gamme, c’est de la chair à canon facile à automatiser. « Grosse transformation de la demande de compétences », nous dit-elle. Tu m’étonnes. On dirait le pitch d’un film catastrophe où le héros doit apprendre à coder en Python avant que le robot ne lui prenne son bureau.
Mais attends, ça devient encore mieux. Pendant que les grands de ce monde s’inquiètent pour toi depuis leur chalet suisse, que se passe-t-il sur le terrain ? Oh, rien de grave. Juste une petite start-up appelée Mercor qui recrute des dizaines de milliers de professionnels pour… entraîner l’IA à faire leur boulot. Oui, tu as bien lu. On ne te vire pas encore, on te propose juste de former ton propre remplaçant. C’est un peu comme si ton chef te demandait de lui apprendre à conduire avant de te piquer ta caisse. La classe. Le Financial Times rapporte ça comme une innovation sympa, presque une opportunité. « Des milliers de pros rejoignent Mercor pour affiner la technologie dans leurs compétences. » Formulation tellement lisse qu’on pourrait la glisser sur un CV. En réalité, tu payes pour creuser ta tombe professionnelle, mais avec un joli diplôme à la clé.
Et au milieu de ce joyeux bordel, The Conversation vient nous souffler à l’oreille : « Tu te sens pas prêt pour le boom de l’IA ? T’es pas seul. Mais t’as encore plus de contrôle sur ton futur que tu le penses. » Merci, Captain Obvious. C’est un peu comme dire à quelqu’un qui se noie qu’il a encore des bras pour nager. L’intention est noble, mais face au tsunami annoncé et aux entreprises qui te font bosser pour ton obsolescence, ça sonne un peu creux.
Alors, on fait quoi de ce merdier ?
D’abord, arrêtons de prendre les prédictions des institutions pour parole d’évangile. Le FMI a un historique en matière de prévisions économiques qui n’a rien à envier à la météo de ton smartphone. Un tsunami, vraiment ? C’est un mot qui fait peur, qui claque bien dans les titres, mais la réalité sera bien plus nuancée. Oui, des jobs vont disparaître. D’autres vont émerger. Comme à chaque révolution technologique depuis l’invention de la roue. La différence, c’est la vitesse. Et c’est là que ça pue.
Ensuite, regardons Mercor droit dans les yeux. L’idée n’est pas stupide en soi, utiliser l’expertise humaine pour améliorer l’IA, mais le business model sent le foutage de gueule à dix kilomètres. Tu te fais payer (peut-être) pour donner tes secrets de métier à une machine qui, à terme, pourrait te remplacer. C’est le capitalisme dans sa forme la plus pure : monétiser ta propre disparition. Et le pire, c’est que des milliers de gens y vont. Par désespoir ? Par curiosité ? Parce qu’ils n’ont pas le choix ? Probablement un mix des trois. Quand le tsunami arrive, tu sautes sur la première bouée, même si elle est percée.
Et The Conversation a raison sur un point : tu as encore du contrôle. Mais pas en fermant les yeux en espérant que ça passe. En comprenant comment cette merde fonctionne. En refusant de jouer le jeu quand il est truqué. En développant des compétences que les machines auront du mal à piquer: la créativité, l’esprit critique, l’empathie, la capacité à dire « non » à un algorithme. Ou simplement en apprenant à coder pour savoir comment on programme ces saloperies.
Le vrai problème, ce n’est pas l’IA. C’est la manière dont on la déploie. C’est les Georgieva qui agitent le spectre de l’apocalypse sans proposer de plan concret. C’est les Mercor qui profitent de la panique pour monétiser ta peur. C’est le discours binaire : soit tu deviens un dieu du prompt engineering, soit tu finis à la rue.
La vérité, elle est plus chiante. Ça va être le bordel. Certains vont s’enrichir, d’autres vont trinquer. Beaucoup vont devoir se reconvertir, apprendre, s’adapter. Et oui, c’est injuste, surtout pour les jeunes qui démarrent avec une dette étudiante et la promesse d’un marché du travail en lambeaux.
Mais si tu attends que Davos ou ton entreprise te sauve, tu vas attendre longtemps. Prends les infos, trie le bullshit, et agis. Parce que le tsunami, il est peut-être moins une vague géante qu’une lente montée des eaux. Et tu as encore le temps d’apprendre à nager.
Ou, au pire, de construire un bateau.
Sources :
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