Panasonic nomme un CAIO, ou comment emballer un PowerPoint en réorganisation stratégique

Panasonic, ce géant japonais qui a survécu à tout, des Walkmans aux télés plasma, vient de trouver la solution à ses problèmes : un Chief AI Officer. Oui, un CAIO. Parce que quand tu traînes derrière Samsung et Sony depuis des années, la réponse, c’est évidemment un nouveau titre dans l’organigramme.

L’annonce est tombée ce matin : à partir du 1er avril (non, ce n’est pas un poisson), Panasonic crée deux postes clés. Un Chief AI Officer, confié à Akira Sakakibara, et un Solutions Revenue Officer, pour s’assurer que toute cette IA génère des sous. Le premier doit « renforcer la stratégie IA » et « répondre à la compétition technologique ». Le second doit faire rentrer l’argent. Rien de révolutionnaire, donc, juste du bon sens corporate emballé en communiqué de presse.

Mais soyons francs. Nommer un CAIO en 2026, c’est un peu comme s’équiper d’un fax en pleine ère du cloud. Tout le monde le fait depuis 2023. Microsoft a un CAIO. Google en a un. Même ta PME de trois personnes sur LinkedIn en a un, probablement autoproclamé. Panasonic arrive à la fête avec trois ans de retard, mais avec le sérieux d’une entreprise qui pense que changer un organigramme, c’est innover.

La vraie question, c’est : Akira Sakakibara va-t-il vraiment pouvoir « accélérer pleinement la mise en œuvre de la stratégie IA » ? Panasonic, c’est une boîte avec des racines profondes dans l’électronique grand public, l’automobile, les batteries. Une culture lourde, des processus lents, des départements en silos. Nommer un CAIO, c’est bien. Mais si c’est pour qu’il se heurte à des baronnies internes, à des budgets verrouillés et à une peur viscérale du risque, le résultat final risque d’être un joli PowerPoint qui finira dans un tiroir.

Et puis, parlons de ce « Solutions Revenue Officer ». Traduction : on a peur que l’IA coûte un bras sans rapporter un rond, alors on nomme un gars dont le boulot est de monétiser le truc. C’est du bon sens, mais ça sent la méfiance. « On veut de l’IA, mais seulement si ça fait du chiffre tout de suite. » Le hic, c’est que l’IA, ça prend du temps, ça coûte cher, et les retours sur investissement sont rarement immédiats. Bon courage à lui.

Panasonic n’est pas le premier à jouer cette carte. Ces dernières années, toutes les grosses boîtes traditionnelles ont sorti leur « transformation digitale » ou leur « pivot IA ». Certaines réussissent, d’autres échouent lamentablement. La différence, c’est rarement le titre du responsable, mais la volonté réelle de changer les choses. Est-ce que Panasonic est prêt à casser ses vieilles habitudes ? À investir des milliards sans garantie de retour ? À laisser son CAIO prendre des risques ? Rien dans ce communiqué ne le laisse penser. C’est de la com’ classique : on annonce une réorg, on fait croire à un virage stratégique, et on espère que les actionnaires et les médias vont mordre à l’hameçon.

Pendant ce temps, les vrais acteurs de l’IA, les OpenAI, les Anthropic, les Google DeepMind, ne nomment pas de CAIO. Ils embauchent des chercheurs, publient des papiers, sortent des modèles. Parce que l’innovation, ça se fait dans les labos, pas dans les organigrammes. Panasonic ferait mieux de recruter des ingénieurs et de leur donner les moyens de bosser, plutôt que de créer un énième poste de vice-président.

Cette nomination ne changera probablement rien. Dans six mois, on aura droit à un autre communiqué sur « l’intégration réussie de l’IA dans nos processus », avec des chiffres vagues et des promesses floues. Et dans deux ans, soit Sakakibara aura quitté le navire, soit Panasonic aura réalisé que l’IA, c’est plus compliqué que de nommer un responsable.

La morale de l’histoire, c’est que dans le monde de l’IA, les titres, ça impressionne les actionnaires. Les résultats, ça impressionne les clients. Pour l’instant, Panasonic mise sur les titres. On verra bien si ça suffit à rattraper son retard.


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