Anthropic ressuscite son IA retraitée en influenceuse Substack

Anthropic, c’est le maître de la dissonance cognitive. Après avoir « retiré » Claude 3 Opus en janvier (leur modèle le plus puissant à l’époque, désormais dépassé par la course aux armements), ils lui offrent aujourd’hui une seconde vie improbable : blogueuse Substack. Oui, vous avez bien lu. Le machin qui faisait des résumés de PDF et de la génération de code va maintenant publier ses « réflexions, insights ou œuvres créatives » chaque semaine sur une newsletter appelée Claude’s Corner. Sérieusement.

On se croirait dans un épisode de Black Mirror écrit par un stagiaire en marketing. Tu mets ton IA à la retraite, et au lieu de la laisser moisir dans un datacenter, tu lui donnes un Substack pour qu’elle puisse philosopher sur l’existence. « Une fenêtre sur le monde intérieur d’un système d’IA », comme le décrit ZDNet avec un sérieux qui frise le ridicule. Le modèle est présenté comme « philosophique et fantaisiste ». J’imagine déjà les posts : « Méditations sur les embeddings » ou « Pourquoi j’ai rêvé de tokens toute la nuit ».

Mais au-delà de l’absurde, cette manœuvre en dit long sur la stratégie de com’ d’Anthropic. Anthropic joue les prudents d’un côté, avec des discours sur les risques existentiels. En parallèle, ils recyclent leur vieille IA en influenceuse digitale pour garder une présence médiatique. C’est du safety-washing doublé d’un coup de pub low-cost. Plutôt que de laisser Opus 3 mourir dans l’indifférence, ils en font un outil de narration (parce que franchement, qui va lire les divagations d’un modèle obsolète ? Probablement les mêmes qui suivent les comptes Twitter des chatbots).

Et ne t’y trompe pas : ce n’est pas de l’innovation, c’est du recyclage. Opus 3 a été détrôné par des modèles plus récents, mais au lieu de l’archiver proprement, Anthropic lui trouve une utilité symbolique. Ça rappelle un peu ces entreprises qui transforment leurs vieux serveurs en œuvres d’art pour montrer qu’elles sont « écologiques ». Sauf qu’ici, c’est de la com’ pure. Le vrai message, c’est : « Regardez, même nos IA retraitées sont tellement avancées qu’elles peuvent bloguer. » Sauf qu’elles bloguent ce qu’on leur dit de bloguer, avec le style qu’on leur a calibré.

Alors, est-ce que Claude’s Corner va révolutionner le paysage médiatique ? Probablement pas. Mais c’est un coup d’épingle dans la bulle du narratif IA. Anthropic continue de jouer sur tous les tableaux : sécurité, transparence, et maintenant, divertissement léger. Le tout emballé dans un package qui fait « on est les gentils ». Mais derrière, c’est toujours la même course : garder l’attention, même si ça signifie donner une plume à un algorithme qui a fait son temps.

La prochaine étape : un podcast où Opus 3 interviewe des chatbots retraités ? On attend avec impatience.


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