OpenAI légifère son impunité pendant qu’on regarde ailleurs

C’est l’histoire d’un type qui tient un bar. Il sert des shots de vodka à 90°, tape sur le comptoir en hurlant « Attention, c’est fort ! Ça pourrait vous tuer ! », et dans le même souffle, il fait signer à tous ses clients une décharge qui l’exonère si jamais ils crèvent d’une cirrhose. C’est ça, OpenAI en ce moment. Après avoir passé l’année 2025 à nous alerter sur les risques existentiels de l’IA — « on pourrait tous mourir », « il faut réguler », « attention les enfants » —, la boîte de Sam Altman se démène maintenant pour faire passer une loi en Illinois qui limiterait sa responsabilité légale… justement dans les cas où ses produits causeraient des « dégâts critiques ». Tu parles d’une cohérence.

Le projet de loi en question, dont les détails sont encore flous mais dont l’intention est limpide, vise à créer une sorte de zone grise juridique pour les labos d’IA. En gros : si ton modèle génère un contenu qui provoque une panique boursière, un effondrement financier, ou pire, des pertes humaines massives, ben… tu ne pourras pas être tenu pour responsable, ou alors dans des conditions tellement restrictives que ça revient au même. À condition, bien sûr, que tu aies suivi les « meilleures pratiques » de l’industrie. Les labos eux-mêmes, évidemment. Autant laisser les renards dessiner les plans du poulailler, mais en version légale.

OpenAI a témoigné en faveur de ce texte devant les législateurs de l’Illinois. L’argument, classique : « Si on risque des procès à chaque fois que notre IA fait une connerie, on n’innovera plus. La peur des poursuites va étouffer le progrès. » Traduction : on veut bien jouer avec le feu, mais à condition que ce soit toi, cher utilisateur ou contribuable, qui payes les pompiers si la maison brûle. La dissonance est sidérante. Altman et sa bande nous vendent l’apocalypse algorithmique. Puis, quand il s’agit d’assumer les conséquences, ils courent se cacher derrière une immunité légale.

Et ne crois pas que c’est un cas isolé. Regarde un peu autour : Anthropic, l’autre chantre de la sécurité, est en train de se faire éclater au tribunal pour avoir piraté des bibliothèques musicales entières. Google, avec ses benchmarks triés sur le volet. Meta et son open-source à géométrie variable. Tous jouent le même jeu : accélérer à fond, maximiser les bénéfices et l’influence, et externaliser les risques. OpenAI, avec ce projet de loi, ne fait que pousser la logique jusqu’au bout. Si l’IA est si dangereuse qu’elle mérite des régulations d’urgence, pourquoi chercher à s’en exonérer ? À moins que le danger ne soit qu’un prétexte pour verrouiller le marché et écraser la concurrence…

Les commentaires sur Hacker News, pour l’instant peu nombreux, pointent du doigt l’hypocrisie crasse de la manœuvre. Un utilisateur résume : « Ils veulent tous les avantages de la disruption sans aucun des inconvénients. Classique. » Exactement. C’est le capitalisme de la Silicon Valley dans toute sa splendeur : privatiser les gains, socialiser les pertes. Sauf qu’ici, les pertes, ça pourrait être des vies humaines ou l’effondrement d’une économie. Pas exactement un bug mineur.

On laisse passer ? On accepte que les labos qui nous promettent la Lune — et nous vendent des cailloux — soient protégés par la loi quand leurs cailloux nous tombent sur la tête ? Ou on commence à exiger un peu de cohérence ? Si l’IA est un risque existentiel, alors ceux qui la développent doivent en assumer la responsabilité, point. Pas de demi-mesure, pas de dérogations magiques. Sinon, tout ce cirque sur la sécurité n’est qu’une vaste opération de com’ pour endormir les régulateurs et les investisseurs.

OpenAI vient de nous montrer son vrai visage. Pas celui du chevalier blanc sauveur de l’humanité, mais celui d’une entreprise comme les autres : avide, hypocrite, et prête à tout pour protéger son cul. La prochaine fois que Sam Altman prendra un air grave pour parler de « risques existentiels », souviens-toi de cette loi de l’Illinois. Parce que si on ne rit pas, on pleure.


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