Hassabis, prophète d’une apocalypse accélérée

Demis Hassabis a encore frappé. Cette fois, le CEO de DeepMind sort de sa tour d’ivoire pour nous balancer une prédiction qui fait passer Nostradamus pour un amateur de tarot de bistrot. Dans une interview récente, il affirme que l’intelligence artificielle générale (AGI) pourrait pointer le bout de son nez d’ici cinq ans. Et pas de manière timide : il compare son impact à dix révolutions industrielles entassées dans une seule décennie. Dix révolutions industrielles, tu réalises ? C’est comme si on avait compressé trois siècles de progrès technologique en dix ans, avec une bande passante émotionnelle digne d’un tweet d’Elon Musk.

La punchline ne s’arrête pas là. Hassabis, dans un élan de lucidité rare pour un gourou du secteur, ajoute que l’IA est « sur-hypée » en ce moment. Sur-hypée, et c’est pas une surprise. Entre les annonces de Google qui promettent la lune et les démos de Gemini qui génèrent des nazis en uniforme, on avait pas remarqué. Le vrai kicker, c’est qu’il pense qu’on sous-estime encore l’impact sur la prochaine décennie. Traduction : « Vous croyez que c’est le bordel maintenant ? Attendez de voir la suite. »

Du coup, quelle solution ? Tu as un type qui a construit AlphaGo et qui sait de quoi il parle. Mais c’est aussi le même type qui bosse pour Google, une boîte dont le business model repose sur qu’on croie à la prochaine révolution pour vendre plus de cloud et d’API. Hassabis n’est pas Sam Altman : il a moins le côté messianique et plus l’air du savant fou qui sort de son labo pour nous avertir que son propre monstre pourrait nous bouffer. Mais bon, quand tu es payé par Sundar Pichai, ta prophétie apocalyptique sonne un peu comme un argument de vente.

Et cette histoire de « dix révolutions industrielles en dix ans » ? Ça pue le benchmark marketing à plein nez. C’est exactement le genre de métaphore tape-à-l’œil qui fait les titres des magazines tech et qui permet de justifier les milliards investis dans le compute. Pendant ce temps, dans les labos de DeepMind, les modèles hallucinent encore et les agents se plantent sur des tâches basiques. Mais peu importe : l’important, c’est de maintenir la narrative. Hassabis joue le jeu avec élégance, mais c’est le même jeu.

La vidéo sur YouTube et le thread Hacker News qui l’accompagne montrent que la communauté tech est partagée. L’excitation pour une AGI imminente côtoie la lassitude face à des promesses qui ressemblent à du bruit de fond. Après tout, on nous promet l’AGI « dans cinq ans » depuis au moins dix ans. C’est comme la fusion nucléaire : toujours à trente ans de distance.

Hassabis a peut-être raison, mais c’est aussi un peu du vent corporate. Ce qui est clair, c’est que son timing est impeccable : annoncer l’apocalypse en pleine période de levées de fonds records, ça fait toujours monter la valo. Et pendant qu’on discute de la fin du monde, Google continue de vendre des abonnements à Gemini Advanced. Business as usual.

Au final, retiens ceci : quand un type aussi intelligent que Hassabis te dit à la fois que l’IA est sur-hypée et qu’elle va tout changer, écoute-le. Mais garde ton bullshit-detector allumé. Parce que dans ce secteur, même les prophètes ont un KPI à atteindre.


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