Le feuilleton Meta-Manus vient de connaître son dernier épisode, et ce n’est pas un happy end pour Zuck. La Chine a officiellement bloqué le rachat à 2 milliards de dollars de la start-up d’agents IA Manus par Meta, et elle ne fait pas dans la dentelle : la Commission nationale du développement et de la réforme (NDRC) ordonne carrément d’annuler la transaction, déjà bouclée et intégrée dans les produits Meta. Oui, ils veulent défaire ce qui est fait.
Pékin a publié un communiqué lundi 27 avril, disant que la NDRC interdit « l’investissement étranger dans le projet Manus » et exige que « les parties impliquées retirent la transaction d’acquisition ». Autrement dit, c’est niet, et en plus il va falloir débroussailler tout le bazar.
Le deal, annoncé en décembre dernier, était présenté comme un « fit naturel » par les analystes – Manus, c’est le chouchou des agents autonomes, capable de planifier et exécuter des tâches complexes sans qu’on ait à lui répéter trois fois la même chose. Meta avait déjà commencé à intégrer la techno dans ses produits, ce qui risque de transformer le désengagement en casse-tête juridico-technique. Mais la Chine, elle, voit ça d’un autre œil : une tentative « conspirationniste » de vider le pays de ses pépites tech, une brèche dans la souveraineté technologique nationale.
Ce n’est pas un blocage surprise. Depuis janvier, les régulateurs chinois – NDRC, ministère du Commerce, autorité antitrust – passaient le deal au peigne fin. En mars, les deux cofondateurs de Manus, Xiao Hong et Ji Yichao, s’étaient vus interdire de quitter le territoire. Pas vraiment un signe d’apaisement. Et aujourd’hui, c’est l’ordre pur et simple de défaire le mariage.
Ce blocage arrive à un moment clé. Au-delà du signal fort envoyé aux investisseurs américains – « nos IA, on y touche pas » –, le timing est tout sauf innocent. À quelques semaines d’un sommet prévu mi-mai entre Donald Trump et Xi Jinping, Pékin pose ses pions. Une personne briefée sur la décision confie au Financial Times que le geste est « assez dur et porte une intention forte d’arrêter les deals du même genre », tout en servant de « levier de négociation avant le sommet Xi-Trump ». C’est un message : l’IA est devenue une ligne rouge dans la compétition US-Chine.
Et ce n’est pas juste une histoire de gros sous. La Chine resserre aussi vis-à-vis de ses propres entreprises tech, leur demandant de ne pas accepter d’investissements américains sans approbation explicite. Exit les financements faciles venus de la Silicon Valley. Pendant ce temps, la Maison Blanche accuse Pékin de copier ses modèles IA à grande échelle. Ambiance.
Déboucler un deal déjà intégré est un vrai casse-tête. Les options sont limitées : revendre Manus à un autre acquéreur, ou le rétrocéder à ses investisseurs historiques. Mais dans un climat de tensions maximales, trouver un repreneur chinois prêt à mettre 2 milliards sur la table – tout en se mettant à dos Pékin si le timing est mauvais –, c’est pas gagné. Et pour Meta, c’est double peine : la Maison Blanche a promis de soutenir les entreprises US face à ce qu’elle appelle des « campagnes industrielles de vol de technologie ». Les relations transatlantiques du numérique ne sont pas près de se réchauffer.
En attendant, le message est sans équivoque : la Chine ne laissera pas filer ses pépites IA, même si elles ont déménagé leur siège à Singapour. Et pour Zuck, c’est une douloureuse leçon sur la géopolitique des agents autonomes.
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