Quand l’IA slop tue le bug bounty et force les blogs à fermer

Deux signaux faibles qui sentent le roussi pour le web ouvert. Et qui confirment ce qu’on sentait tous : l’IA ne remplace pas les humains, elle les noie.

D’abord, les bug bounty.

Tu connais le principe : une boîte paie les chasseurs de bugs qui trouvent des failles de sécurité. Le rêve pour tout hacker éthique. Sauf que depuis que les LLM crachent du code de test à la chaîne, les plateformes de bug bounty reçoivent des torrents de signalements générés par IA. Du bruit. Du faux positif. Du « j’ai demandé à ChatGPT de trouver des bugs dans ton site et voilà 200 rapports, paye-moi ».

Résultat : les équipes de sécurité passent leur temps à trier du bullshit au lieu de chasser de vrais bugs. Certaines plateformes commencent à filtrer ou à déprioriser les rapports qui sentent l’IA à plein nez. Mais c’est le jeu du chat et de la souris : les modèles s’améliorent, les détecteurs aussi, et au final tout le monde perd du temps. Sauf les gros LLM qui continuent de produire du volume.

Ensuite, le blog 2ality.

2ality.com, c’était une référence pour les devs JS. Des articles techniques, précis, écrits par un humain (Dr. Axel Rauschmayer) qui prenait le temps d’expliquer. Bilan : le site est « temporairement hors ligne » pour une raison connue : l’auteur n’arrive plus à lutter contre les spams, les scrapers, et surtout la dévaluation de son contenu par Google. Pourquoi écrire un article fouillé quand l’algo préfère du contenu généré par IA, plus récent, plus tape-à-l’œil ?

2ality n’est pas le premier. C’est juste un de plus sur la liste des sites de qualité qui ferment parce que le web tourne au dépotoir. Un blog tenu par un expert, ça demande du temps, de l’énergie, et surtout de l’attention. L’IA offre l’illusion de l’information sans l’effort. Google récompense le volume, pas la valeur. Le résultat est prévisible : les vrais créateurs quittent le navire.

Le point commun : l’effet cobra de l’IA.

Dans les deux cas, la même logique perverse : on a déployé des modèles capables de produire à bas coût, et ça casse les systèmes qui dépendaient d’une rareté… de l’effort humain. Les bug bounty marchaient parce que trouver une faille demandait du skill. Les blogs marchaient parce que produire du contenu de qualité prenait du temps. L’IA abolit cette rareté, et avec elle, les incitations. Sans un filtre humain ou un mécanisme de confiance, tout devient du bruit.

Et on n’a pas de solution miracle. Les plateformes essaient de s’adapter, mais c’est lent et imparfait. Les créateurs, eux, se barrent vers des espaces plus fermés (newsletters, Discord, etc.) où l’authenticité humaine reste monnayable.

Au final, on parle beaucoup de « remplacer les humains » comme si c’était la grande peur. Mais le vrai problème, c’est peut-être plus banal : l’IA tue les incitations, et sans incitations, les meilleurs se retirent. On se retrouve avec un web fait de bruit, de spam et de contenu généré par des machines pour d’autres machines. Et les humains, eux, cherchent refuge ailleurs.


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