Le deal H200 de Nvidia est mort, et les deux camps l’ont tué

Alors que Trump et Xi se retrouvaient à Pékin la semaine dernière, Jensen Huang était de la partie. Invité de dernière minute, parachuté dans une délégation qui sentait la mise en scène. Résultat : Trump annonce « something could happen ». Rien ne s’est passé. Pas un seul H200 n’a traversé la frontière depuis décembre 2025. Mais le plus drôle, c’est que l’obstacle n’est pas venu de Washington.

Deux gouvernements, un seul cul-de-sac

Petite leçon de géopolitique des puces : les licences américaines pour exporter les H200 vers la Chine sont délivrées. Une dizaine de poids lourds – Alibaba, Tencent, ByteDance, JD.com – ont le feu vert pour jusqu’à 75 000 unités chacun. Lenovo et Foxconn sont autorisés comme distributeurs. Mais les chips ne bougent pas : Pékin a ordonné à ses champions tech de limiter l’usage des Nvidia à leurs opérations à l’étranger, et de favoriser les fournisseurs locaux. Problème : les licences US exigent que les H200 soient utilisés uniquement en Chine. Mutuellement exclusif. Stalemate.

Le plus frappant, c’est que ce blocage est parfaitement assumé. Le secrétaire au Commerce Howard Lutnick a expliqué au Sénat le mois dernier que les firmes chinoises concentrent leurs investissements sur les fournisseurs domestiques, Huawei en tête. Le Conseil d’État a lancé une revue de sécurité de la chaîne d’approvisionnement pour réduire la dépendance aux semi-conducteurs américains. En clair : Washington a ouvert la porte, Pékin a barricadé l’entrée.

Pendant ce temps, dans le camp d’en face

Les jours alentour du sommet ont livré des pépites autrement plus intéressantes que les communiqués diplomatiques. DeepSeek a confirmé que son dernier modèle tourne désormais optimisé sur processeurs Huawei. Le directeur stratégique de Tencent annonce que l’offre de GPU chinois va augmenter progressivement en 2026. Chez Alibaba, on confirme que les GPU propriétaires T-Head sont en production de masse. Tout ça, c’est la suite du lancement en avril de DeepSeek V4, le premier modèle chinois de pointe entraîné nativement sur Ascend de Huawei – pas juste de l’inférence, de l’entraînement. La bascule n’est plus un test, c’est une politique d’approvisionnement.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le revenu chinois de Nvidia est tombé à 5% ces derniers trimestres, contre plus de 20% avant le durcissement des contrôles. Les prévisions pour le trimestre en cours : zéro, rien, nada.

Ce que ça signifie pour l’IA

Ce n’est pas juste un bras de fer commercial. Les plateformes d’IA chinoises opèrent désormais sous mandat domestique : construire sur le compute Huawei. La question de l’architecture hardware dominante dans le deuxième marché mondial de l’IA se règle par décret, pas par benchmark. Pékin parie que le gap de performance se comblera assez vite pour que le verrouillage soit tenable. Les résultats de DeepSeek V4 suggèrent que c’est peut-être vrai, au moins pour l’inférence.

Trump a dit que « quelque chose pourrait arriver ». Le représentant au Commerce a dit que la décision relevait de la souveraineté chinoise. Les deux ont raison, et ça ne change rien : le deal H200 est approuvé, licencié, et gelé. Huawei remplit l’espace vide. Et Jensen Huang, lui, peut retourner à ses keynote.


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