Sundar Pichai se fait huer à Stanford : l’IA militaire de Google dans le viseur des diplômés

Sundar Pichai pensait peut-être que le pire était derrière lui après les 28 licenciements de 2024 pour cause de protestation interne contre Project Nimbus. Mais le PDG de Google a dû déchanter ce week-end : environ 200 étudiants de la promotion 2026 de Stanford ont quitté leur cérémonie de remise des diplômes dimanche alors qu’il s’apprêtait à prononcer son discours. D’autres ont hué et agité des drapeaux palestiniens.

Les pancartes étaient on ne peut plus claires : « ICE SPIES WITH GOOGLE AI », « GENOCIDE RUNS ON GOOGLE », « FREE FREE PALESTINE ». Les activistes, organisés par les groupes Stanford Students for Justice in Palestine, No Tech for Apartheid et Tech for Liberation, visaient directement Project Nimbus (ce contrat controversé de 1,2 milliard de dollars signé avec Amazon pour fournir des services cloud et d’IA à l’armée israélienne) ainsi que les liens de Google avec l’ICE (Immigration and Customs Enforcement).

« Nous refusons de glorifier les entreprises qui alimentent cette violence », ont-ils écrit dans un communiqué relayé par TechCrunch et Fortune. « Aujourd’hui, Sundar Pichai a été accueilli par des centaines d’étudiants qui ont montré qu’ils ne pouvaient plus être séduits par des promesses de dollars ou d’IA en plein essor. »

Pichai, qui a obtenu son master en science des matériaux à Stanford, a tenté de désamorcer la situation avec humour : « Les gens pensaient que ce serait vraiment difficile pour moi », a-t-il glissé. « Après tout, ce sont les deux dernières lettres de mon nom de famille. » Il a soigneusement évité de mentionner directement l’IA, préférant parler d’optimisme et de ne pas se prendre trop au sérieux. « L’IA est vraiment immatérielle pour mon discours », a-t-il précisé, reprenant une formule préparée pour éviter les polémiques.

Mais ce n’est pas la première fois qu’un dirigeant tech se fait huer en public. Eric Schmidt, l’ancien PDG de Google, avait été copieusement sifflé à l’Université d’Arizona en mai pour ses propos sur l’IA. Gloria Caulfield, une dirigeante immobilière, avait subi le même sort à l’Université de Floride centrale en évoquant la « prochaine révolution industrielle ». Même Scott Borchetta, de Big Machine Records, s’est fait huer à Middle Tennessee State University.

La différence, cette fois, c’est que les étudiants ne s’attaquent pas au simple discours sur l’IA, mais aux choix concrets de l’entreprise. Le timing est d’autant plus embarrassant pour Google : le mois dernier, Pichai confiait au podcast Hard Fork du New York Times que « ces diplômés vont être une grande partie de la progression [de l’IA] et devront aussi gérer son impact ». Visiblement, ils ont choisi comment gérer cet impact : en sortant de la salle.

Y’a pire. Vinod Khosla, le milliardaire co-fondateur de Sun Microsystems, a traité la protestation de « biaisée, idiote, court-termiste et très égoïste » sur X. Un bon moyen de rappeler que le fossé entre la Silicon Valley et sa jeunesse diplômée ne cesse de se creuser, et que des clauses « ICC » dans un contrat, ça finit par vous rattraper quand vous montez sur une estrade.

Sundar pensait que le pire était les boomers qui ne comprennent pas le cloud, mais le pire, c’est sa propre relève qui lui colle des étiquettes « génocide » sur le dos.


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