Googlebook veut te faire racheter un portable pour Gemini

Google n’a jamais vraiment digéré l’échec du Chromebook. Bon, « échec », faut relativiser : dans les écoles américaines, la petite machine a colonisé les salles de classe comme la cantine colonise les lundis après-midi. Mais le grand public, lui, n’a jamais mordu. On lui avait promis un PC pas cher qui vit dans le cloud, il a surtout retenu un machin qui souffre dès qu’on ouvre trois onglets.

Cette semaine, Google remet une pièce dans la machine. Les Googlebook sont officiels. Des portables fabriqués par des constructeurs partenaires, un système d’exploitation qui fusionne enfin Android et ChromeOS, et un prix d’entrée à 899 dollars. Cette fois, l’argument n’est plus le cloud ni le petit prix. C’est Gemini.

Et pas Gemini dans un coin, façon onglet qu’on ouvre quand on y pense. Non, Gemini est censé être partout : dans le curseur, dans la dictée, dans les widgets du bureau. Le curseur, quoi. On parle d’une flèche de souris qui devient un assistant. Voilà le grand saut technologique vendu à neuf cents balles.

Tu me diras, c’est la suite logique. Tout le monde colle de l’IA dans tout : ton frigo, ta tondeuse, ton grille-pain connecté qui veut te tenir compagnie. Google fait pareil, sauf qu’il a les moyens de le faire à grande échelle. On te parlait déjà de Google qui ouvre ta maison connectée à tous les agents IA, même ceux dont tu n’as jamais entendu parler. Maintenant, les agents débarquent dans ton bureau, littéralement, à la pointe de ta flèche.

Reste la vraie question, celle que le communiqué évite soigneusement : pourquoi acheter un portable neuf pour ça ?

Parce que le marché est saturé de machines qui font tourner un navigateur et trois applis. Parce qu’un MacBook, ça vieillit bien. Parce qu’un PC Windows, ça fait le taf depuis trente ans. Alors Google mise sur le seul terrain où il peut encore surprendre : te faire croire que ton portable actuel est un dinosaure parce qu’il n’a pas d’assistant greffé au curseur.

Le pari est culotté, mais il a un précédent qui fout un peu les jetons. Google a une longue tradition de lancer des produits ambitieux, de les pousser à fond pendant dix-huit mois, puis de les débrancher sans prévenir. Les exemples s’empilent tellement qu’il y a des sites entiers dédiés au cimetière des projets de la maison. Un nouvel OS qui fusionne deux systèmes, porté par une nouvelle gamme de machines, c’est exactement le genre de chantier qui peut finir en note de blog laconique un mardi matin.

Et puis il y a la concurrence. Apple ne bouge pas d’un cil sur ses MacBook. Microsoft a déjà soudé Copilot à Windows depuis un moment. Google arrive après tout le monde avec une base installée qui reste à prouver. Le Chromebook a mis quinze ans à percer dans l’éducation, pas dans les salons. Rien ne dit que le grand public ait envie de recommencer l’aventure.

Le vrai test, ce ne sera pas la fiche technique. Ce sera ta capacité à répondre à une question simple quand tu passeras devant le rayon : est-ce que ma vieille bécane fait le job ? Si la réponse est oui, 899 dollars pour une flèche qui cause, ça reste cher. Si la réponse est non, Google a peut-être enfin son ouverture.

Le reste, c’est du marketing bien huilé et un assistant qu’on te promet omniprésent. En attendant, tu peux toujours parler à ton curseur actuel. Il ne te répondra pas, mais il ne te facturera pas non plus un abonnement.


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