Oublie les grands-messes sur la sécurité, les comités d’éthique et les lettres ouvertes signées par des prix Nobel. Chez OpenAI, la corde sensible, c’est les maths. Et là, on touche un vrai nerf.
Petit récap’. Ces dernières semaines, la boîte a claironné que ses modèles pliaient des problèmes que des générations de chercheurs n’ont jamais résolus. Les équations de Navier-Stokes, un des sept problèmes du millénaire. Des conjectures signées Paul Erdős. Comme on vous le racontait déjà, il y avait un léger couac : les spécialistes du domaine, eux, n’étaient pas vraiment d’accord. Entre résultats invérifiables et pratique scientifique douteuse, OpenAI s’est taillé une réputation d’élève qui rend sa copie sans montrer ses calculs. Et on vous parlait déjà de ces matheux qu’on convoque pour applaudir, pas pour décider.
La parade en grande pompe
Lundi, la contre-attaque. OpenAI a annoncé la création d’un groupe d’experts indépendants, hébergé à l’Institute for Advanced Study de Princeton. Le nom fleure bon la respectabilité : Advisory Group on Mathematics and Artificial Intelligence. Rien de moins que les murs où Einstein a fini sa carrière. Dans l’idée, l’intention se tient : donner aux matheux un vrai droit de regard sur la façon dont l’IA percute (ou prétend percuter) leur discipline.
Maintenant, l’os. Le périmètre du comité exclut explicitement le rythme de recherche d’OpenAI. Autrement dit, les experts pourront disserter à loisir sur les « interactions » entre IA et recherche mathématique. Mais sur ce qui les démange vraiment, à savoir à quelle cadence la boîte balance ses résultats fracassants dans la nature avant de les faire vérifier, on ne dit rien. Le comité est prié de regarder ailleurs.
Cent problèmes en un mois, promis juré
En parallèle, il va falloir l’avaler sans faire la grimace : OpenAI affirme qu’un modèle interne a résolu plus de cent problèmes ouverts après seulement un mois d’entraînement. Un mois. Cent trucs sur lesquels des gens ont usé leur vie, et qui attendent encore une relecture par les pairs. On a connu des promesses de comptoir plus modestes.
Ça, c’est le vieux tour de passe-passe de la Silicon Valley. On balance une annonce énorme, on encaisse le buzz, on se fait tailler en pièces par les experts, et on finit par recruter lesdits experts pour éteindre l’incendie qu’on a allumé. Sauf qu’ici, on invite les pompiers en leur demandant gentiment de ne pas regarder d’où vient la fumée.
L’indépendance de qui, au juste
Question à cent balles, et elle vaut le détour : à qui appartient ce fameux comité ? À l’Institute for Advanced Study, nous dit-on. Mais c’est OpenAI qui l’annonce, OpenAI qui en définit la mission, et surtout OpenAI qui décide de ce qu’on peut y discuter. Un auditeur que le payeur peut museler, ce n’est pas un auditeur. C’est un tampon.
Les matheux invités, eux, sont sans doute sincères. Le problème n’est pas leur intégrité. C’est le cadre qu’on leur impose. Tu peux réunir les plus grands cerveaux de la planète dans la plus belle salle de Princeton, si tu leur interdis de toucher au sujet brûlant, tu n’as pas monté un conseil. Tu as monté une vitrine.
Et pendant ce temps, la vraie demande reste en suspens : montre-nous les démonstrations. Pas un communiqué. Pas un panel. Les démonstrations, ligne par ligne, vérifiables par des gens dont ce n’est pas le métier de te faire de la pub.
Un comité consultatif qui ne peut pas se pencher sur la cadence d’une entreprise n’est pas là pour la freiner. Il est là pour lui donner un vernis de sérieux. Quand les mathématiciens finiront par demander le compte rendu, ils trouveront peut-être le procès-verbal du groupe. La preuve, elle, sera toujours en vadrouille.
Sources :
Comments are closed