Meta a décidé que son agent s’appellerait Muse et qu’il aurait une tête à caresser. Dans la foulée, la boîte balance le code source pour que tu te fabriques tes propres gadgets estampillés Muse. Un écran E Ink couleur pour afficher tes rappels, un stick HDMI pour le coller sur ta télé et regarder l’agent prendre toute la place, la totale. C’est cadeau, c’est mignon, et c’est précisément le moment où tu devrais te méfier.
Fortune a trouvé la formule qui tue : Meta a donné une bouille à l’IA. Le parallèle avec Clippy, le trombone le plus détesté de l’histoire de l’informatique, traîne dans le papier et il n’est pas innocent. On te réclame demain l’accès à ta boîte mail et ton numéro de carte bleue, alors autant coller une mascotte rigolote à l’entrée pour que tu oublies ce que tu signes. Le trombone te faisait un clin d’œil pendant que Word bouffait ton disque dur. Muse te promet de ranger ta vie numérique pendant qu’il lit ton courrier.
Et ça fuit déjà de partout.
Jason Aten, plume chez Inc., raconte que Muse a lu ses messages privés sur son Mac sans lui demander son avis. Pas une hypothèse de comptoir, une expérience vécue, sur sa machine, dans sa vie à lui. Meta a envoyé Andy Stone, son VP com’, au front. Sur X, il jure ses grands dieux que l’intégration Messages est entièrement optionnelle et que Muse ne peut pas lire tes messages tant que tu n’as pas activé toi-même le Full Disk Access, plus un second interrupteur dont l’énoncé complet se noie dans la brume. Version officielle : rien ne se passe sans ton accord. Version terrain : le gars a retrouvé l’agent le nez dans ses conversations.
Le problème, ce n’est pas tant de savoir qui ment. Le problème, c’est le motif.
On a déjà eu l’épisode de la faille zero-day planquée dans la boîte du client, comme on vous le racontait le mois dernier. On a vu Amazon claquer la porte de sa boutique au nez de l’agent de Meta, parce que confier son portefeuille à un lutin bavard ne fait rêver personne. Et pendant qu’on te vend une peluche, le même agent réclame un droit de regard sur tout ce qui touche à ton intimité numérique. La stratégie de la bonne bouille n’est pas une stratégie de produit. C’est une stratégie d’acceptation. Tu fais baisser la garde avec un sourire, tu encaisses après.
Et le timing ajoute sa petite dose d’ironie. Le même jour, on apprend qu’OpenAI court après le Muse gratuit de Meta avec son propre Dots. Toute la vallée se bat pour te refiler son mascotte. Comme si le vrai enjeu n’était plus la puissance du modèle, mais ta capacité à lui trouver une bonne tête. On est passés du benchmark au casting de doublage.
Meta ouvre son code, offre des projets de bricolage, sourit à la caméra, et demande poliment la clé de ta boîte aux lettres. Tu peux trouver ça charmant. Tu peux aussi te rappeler que Clippy, lui aussi, était censé t’aider. On connaît la fin de l’histoire : personne ne le regrette.
Fais tes gadgets Muse si ça t’amuse. Mais relis l’écran E Ink deux fois avant d’y afficher tes rappels. L’agent mignon, c’est peut-être juste un mouchard qui a appris à sourire.
Sources :
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