Trump rebaptise l’IA en super intelligence et les patrons signent en rang d’oignons

On vous le disait dès le 21 septembre : Trump voulait rebaptiser l’IA pour qu’on arrête d’en avoir peur. Cette fois, c’est fait pour de vrai. Pas un ballon d’essai, pas une punchline de meeting. Un décret. L’intelligence artificielle s’appelle désormais « super intelligence ». Tampon présidentiel, photo officielle, tout le tintouin.

Et parce que le geste méritait une mise en scène digne d’un gala, la Maison-Blanche a réuni jeudi presque tout ce que la tech compte de patrons dans une seule pièce. Zuckerberg, Bezos, Musk, Dario Amodei. Le gratin au grand complet, prié de signer un serment sur la sécurité de l’IA que Trump en personne a qualifié de « moralement contraignant ».

Moralement contraignant. Autrement dit, pas contraignant du tout. C’est le « promis juré craché » version Washington, le genre de promesse qui ne t’engage à rien mais qui fait joli sur la photo de famille.

Le test de loyauté

Wired n’a pas mâché ses mots : ce rebranding, c’est un test de loyauté déguisé en communiqué. Et le test a été validé haut la main. Des types qui passent leur vie à pérorer sur l’IA, qui en font l’alpha et l’oméga de l’humanité depuis des années, se sont soudainement mis au garde-à-vous quand Trump a rayé le mot « IA » du vocabulaire officiel. Tu leur retires le nom qu’ils vénèrent et ils signent. Sans broncher.

Fallait le voir venir. L’idée traînait déjà depuis septembre : Trump composait son équipe et cherchait un tsar pour surveiller la machine. Le tsar cherche encore sa chaise, mais le rebranding, lui, est bien arrivé avant la rentrée.

Dix ans de promesses pour rien

The Conversation remet les choses à l’endroit : cet « Accord de la Maison-Blanche sur la super intelligence » va rejoindre la longue liste des appels à l’autorégulation qui n’ont jamais rien mordu. Dix ans de serments, dix ans de beaux discours, dix ans de « on s’engage », et le résultat est là. Les mêmes boîtes, les mêmes promesses, les mêmes trous dans la raquette.

L’autorégulation, c’est une ceinture de sécurité que le conducteur installe lui-même, à condition qu’il en ait envie. Surprise : en général, il n’a pas envie.

Pendant que Washington parade, les labos rangent leur vitrine. Meta et OpenAI planchent sur des visages plus sympathiques pour leurs produits, histoire de ne pas effrayer le chaland. Nouvelle étiquette, même came.

Un nom tout neuf, la même vieille tambouille

Alors oui, l’IA s’appelle maintenant « super intelligence ». Super. Quelle audace sémantique. On a changé le papier peint et on a déclaré la maison rénovée.

Côté réactions, chacun a fait son numéro. Les patrons ont applaudi en cadence, les observateurs ont haussé un sourcil, et l’accord lui-même reste aussi flou qu’un communiqué rédigé à quatre mains. Personne, dans la salle, n’a demandé ce qui se passe le jour où la « super intelligence » part en vrille.

La sécurité attend toujours son tour. Un pacte moralement contraignant, des milliardaires alignés au cordeau, et zéro mécanisme pour sanctionner qui que ce soit. Le test de loyauté est passé. La sécurité, elle, est restée à la porte.

Reste une question que personne n’a posée dans la pièce : qui vient débrancher la super intelligence quand elle déraille ? Personne. On a tous les noms, sauf celui du fusible.


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