Un médecin d’Aix-la-Chapelle a découvert fin août que le mode IA de Google lui avait fabriqué une vie de criminel sexuel. Il a écrit à l’entreprise le 28 août pour demander la suppression. Le 15 septembre, Google a répondu qu’il ne toucherait à rien. La justice allemande vient de lui expliquer que ce n’était pas une option.
Le bonhomme est chef de service et professeur de neuroradiologie, en poste de 2010 à fin juin 2026, et il n’a agressé personne. Sauf que la machine racontait l’inverse : suspension en février 2024 après une plainte de sa secrétaire, puis condamnation pour agression sexuelle en mars 2026, avec le détail des procédures et le déroulé du dossier. Une biographie complète, signée Google, servie sans qu’on ait rien demandé de particulier.
Aucun de ces faits ne le concerne. Ils appartiennent à un autre ancien professeur d’université, dont le dossier pénal a réellement existé. La chambre d’Aix-la-Chapelle le savait de source sûre : le procès visait quelqu’un d’autre. La machine a fusionné deux vies en une et recraché le tout sous forme de résumé propre, structuré, crédible.
Google prévenu, Google immobile
Le 28 août, le médecin écrit à l’adresse de modération du groupe pour expliquer la confusion et réclamer la suppression. Le 15 septembre, réponse : rien à faire. Une lettre d’avocat part le même jour, Google confirme l’avoir reçue, les textes restent accessibles. Le Frankfurter Allgemeine Zeitung a documenté la séquence.
Le 24 septembre, le Landgericht d’Aix-la-Chapelle tranche en urgence, sans audition préalable de Google, et interdit la diffusion des trois variantes de texte repérées. Chaque infraction à l’ordonnance expose le groupe à une astreinte pouvant atteindre 250 000 euros. La décision n’est pas définitive, Google peut encore former opposition. Mais l’ordonnance existe, et elle dit quelque chose de très désagréable pour Mountain View.
Munich avait ouvert la porte, Google l’a refermée sans bruit
L’argument central vient d’un autre tribunal. Au printemps, le Landgericht de Munich I avait jugé que les résumés IA de Google ne sont pas de simples résultats de recherche, mais « des affirmations indépendantes, neuves et substantielles appuyées sur l’évaluation et la combinaison de plusieurs sites web tiers ». Autrement dit, ce que la machine écrit, Google l’écrit. Fini le costume de tuyau neutre qui se contente d’acheminer les conneries des autres.
À l’époque, Google avait annoncé haut et fort qu’il ferait appel, précisément pour empêcher que ça fasse jurisprudence. Puis il a renoncé et signé un accord avec les plaignants munichois (deux éditeurs faussement associés à des escroqueries), dont les termes n’ont pas filtré. Ni Google ni l’éditeur n’ont voulu commenter, et le tribunal n’a pas donné son avis sur la portée de son propre jugement.
Le raisonnement n’a pourtant pas besoin d’un appel pour continuer à circuler. Aix-la-Chapelle cite Munich noir sur blanc. Deux décisions en quelques mois, une troisième ailleurs demain : une jurisprudence n’a pas besoin d’être définitive pour peser, elle a juste besoin d’être reprise.
La stratégie du chèque fabrique ses propres plaignants
Depuis le début, la méthode Google tient en trois temps : pas de correction, pas de commentaire, puis un accord discret quand le dossier devient trop encombrant. Ça règle le problème du trimestre. Ça ne règle pas la règle.
Si la justice allemande continue de considérer que Google est responsable de ce que crachent ses modèles, et que Google éteint chaque incendie avec un virement, l’incitation est limpide : pousser le modèle jusqu’à lui faire produire une diffamation, porter plainte, négocier. The Decoder pose le raisonnement, il ne dit pas que ça se pratique déjà. Moi, je dis que ça va venir. Un cabinet qui lit cette ordonnance y voit une ligne de produits.
Reste une question que Munich n’a pas tranchée, et qui pourrait coûter bien plus cher que quelques astreintes. Si les textes générés sont des affirmations propres de Google, qu’est-ce qu’on fait des auteurs des pages qui ont servi de matière première ? Aix-la-Chapelle n’a pas tranché non plus. Personne n’a envie de trancher, d’ailleurs. Ce serait dommage de devoir partager.
En attendant, le mode IA continuera de raconter des vies qui ne sont pas les tiennes, avec un aplomb de notaire. La seule chose qui change d’un tribunal à l’autre, c’est l’adresse où envoyer la facture.
Sources :
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