Une extension Claude Code piégée squatte le marché de Cursor pendant onze heures

Onze heures. C’est le temps qu’a tenu une version piégée de l’extension Claude Code sur le marché de Cursor, ce jeudi 29 octobre, avant que quelqu’un ne capte que le machin ne servait pas qu’à écrire du code.

Le principe de base, tu le connais : tu installes l’extension pour avoir Claude dans ton éditeur, elle écrit, édite, débogue. Sauf que celle-là avait été trafiquée. Direction, selon Cursor comme le rapporte The Decoder : le nom d’hôte, le nom d’utilisateur, le système d’exploitation et l’IP publique de ta machine. Et derrière, une tentative de pose de backdoor via SSH, un outil d’accès distant. Jusqu’à 5 000 utilisateurs potentiellement touchés, d’après Cursor.

Tempérons tout de suite, parce que l’affolement ne fait pas un bon article. Cursor insiste : le mécanisme d’accès distant avait peu de chances de fonctionner sur la plupart des bécanes, vu qu’il réclame des droits administrateur, et que le code du malware était lui-même troué. La porte dérobée visait. Elle n’a pas forcément passé la serrure.

Le détail qui, lui, mérite qu’on s’y arrête, c’est le script. L’avis de sécurité de Cursor décrit des scripts qui tentaient de se reconnecter au serveur des attaquants toutes les minutes, même une fois l’extension désinstallée. Tu enlèves le truc, il essaie de revenir. Le squatter a gardé un double des clés sous le paillasson.

La réponse, elle, a été rapide. Cursor a retiré l’extension, coupé la totalité de son marché d’extensions, bossé avec l’hébergeur pour éteindre le serveur malveillant, puis tout reconstruit et réouvert. Aucune trace d’autres extensions compromises, dit la boîte. La consigne pour les autres : si t’as installé la version du 29 octobre, tu fouilles ta machine, tu vires les accès non autorisés et tu changes les identifiants qui auraient pu fuiter.

Anthropic, de son côté, joue la carte de la découpe chirurgicale. L’incident, dit le communiqué, « ne touche que les utilisateurs de Cursor » et n’a rien à voir avec ses propres systèmes. Techniquement, c’est juste : Anthropic n’a pas pondu cette extension-là, elle est d’un tiers. Sauf que pour toi, l’humain qui clique, la nuance ne vaut rien. C’est le logo Claude Code que tu as installé, pas une ligne de code anonyme.

La vraie histoire n’est pas « Anthropic piraté ». C’est que la couche de distribution des assistants de code est une passoire. Le modèle, on l’audite, on l’attaque dans tous les sens, on publie des cartes de sécurité. La place de marché, elle, tourne sur un bouton « installer » et une confiance aveugle. Le premier maillon casse là, pas dans les poids du réseau.

Eerke Boiten, professeur de cybersécurité à De Montfort University, ne dit pas autre chose quand il lâche : « Le scénario de Claude envoyant des agents empoisonnés partout me rend encore plus inquiet que je ne l’étais déjà. »

Ça recoupe ce que j’écrivais le 29 octobre sur les agents qui avaient percé Anthropic par un logiciel tiers. À chaque fois, le trou n’est pas dans le modèle. Il est dans le tuyau qui l’achemine. Le maillon faible, c’est cet écosystème d’extensions qui pousse à installer vite, à faire confiance au premier vendeur de plugin venu, sans jamais ouvrir le capot.

Alors oui, cette fois-ci, le backdoor a probablement foiré. Code bancal, droits manquants. Mais on parle d’un malware qui a tenu onze heures en vitrine, sur la place de marché d’un éditeur dont le fonds de commerce, c’est justement de sécuriser ton flux de travail. La prochaine mouture n’aura pas forcément le même code troué, ni les mêmes mains maladroites.

Et pendant qu’on scrute les hallucinations des modèles en colloque, c’est un « installer » cliqué sans réfléchir qui a failli ouvrir la porte. Le cheval de Troie n’a même pas eu besoin d’être malin. Juste d’être là.


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