Tu pensais que ton boulot de livreur DoorDash, c’était juste de trimballer des burritos et des sushis à des gens trop feignants pour bouger leur cul ? Détrompe-toi. Maintenant, tu peux aussi devenir un dataset humain ambulant. Pour quelques dollars de plus, bien sûr.
DoorDash vient de lancer une appli « Tasks » qui propose à ses coursiers de compléter leurs revenus en filmant des « tâches quotidiennes » ou en s’enregistrant en train de parler dans une autre langue. L’objectif ? Alimenter les modèles d’IA, probablement pour entraîner des robots à faire ces mêmes tâches un jour. Ou pour améliorer la reconnaissance vocale. Ou pour je ne sais quelle autre application vaguement dystopique.
L’idée est simple : tu es déjà sur le terrain, tu as un smartphone, tu fais des trucs. Pourquoi ne pas monétiser ta simple existence ? Film-toi en train de faire la vaisselle, de plier du linge, de réparer un vélo. Parle en espagnol devant ta caméra. Ton quotidien devient une mine d’or pour les data scientists affamés.
C’est brillant, d’une certaine façon. Plutôt que d’embaucher des acteurs ou de scraper des vidéos YouTube (avec tous les problèmes de droit d’auteur que ça implique), DoorDash exploite son réseau de travailleurs déjà en place. Les coursiers sont géolocalisés, disponibles, et probablement prêts à accepter n’importe quelle tâche pour arrondir leurs fins de mois. La plateforme devient un gigantesque fournisseur de données labellisées à la demande.
Le tout vendu pour quelques dollars à une entreprise qui va probablement revendre ces données à des labos d’IA. Et après, on s’étonne que les modèles génèrent des deepfakes hyper-réalistes ou des publicités ciblées qui connaissent tes goûts mieux que ta mère.
DoorDash, bien sûr, va sûrement sortir un communiqué sur « l’autonomisation financière des travailleurs » et « l’innovation responsable ». C’est toujours la même rengaine : on te propose un side hustle pour compenser tes revenus de merde, et en échange, on te pique ton intimité. Le capitalisme de surveillance avec un sourire et une prime de 5 dollars.
Et puis, il y a l’ironie du truc. Ces mêmes données serviront peut-être à entraîner des robots qui, un jour, remplaceront… les livreurs DoorDash. Tu participes activement à ton propre remplacement, pour un salaire de misère. C’est beau, la modernité.
Alors oui, techniquement, c’est une opportunité de revenus supplémentaires. Mais à quel prix ? Quand ton assistant vocal te comprendra parfaitement, ou qu’un robot saura plier une serviette comme un pro, pense au livreur sous-payé qui a filmé sa vie pour que ça arrive.
La ligne entre « travailleur de la gig economy » et « donnée d’entraînement » vient de devenir incroyablement fine. Et toi, tu filmerais ta routine matinale pour 10 dollars ?
Sources :
Comments are closed