Le recruteur repère ton IA au prompteur, il oublie juste que son camp triche aussi

Chris Morrow recrute à Manchester, et il a la formule qui claque : un candidat qui se fait souffler ses réponses par une IA en entretien, « c’est comme s’il lisait un prompteur ». Voilà, dossier classé. Les recruteurs britanniques voient tout, circulez, rien à signaler.

Sauf que Morrow ne parle pas en son nom. Il cause pour l’organisme qui représente les plus gros employeurs de diplômés du Royaume-Uni, et ce même organisme lâche dans la foulée que la mauvaise conduite en entretien atteint un niveau record. Relis ça deux fois. Si les recruteurs repèrent tout, comment ça peut battre des records ? Soit ils repèrent, soit ils comptent après coup en découvrant le pot aux roses, mais les deux en même temps, ça s’appelle de la com’.

Le candidat triche, le recruteur reçoit le prix d’honnêteté

La BBC a posé la question aux principaux intéressés, et le son change complètement. Les jeunes diplômés utilisent de plus en plus l’IA pour s’embellir dans leurs candidatures. Ça, tout le monde le sait. Mais une bonne partie répond un truc que les employeurs détestent entendre, et qui tient en trois mots : on n’a pas le choix.

Et là, il faut être honnête, ce couplet du « pas le choix » mérite un examen, parce qu’il est aussi confortable que le « on voit tout » des recruteurs. Un candidat qui gonfle son expérience, c’est un candidat qui prend un raccourci, pas un résistant. L’IA ne l’a pas mis dans une situation impossible, elle lui a juste filé un meilleur prompteur. La vraie question, ce n’est pas s’il a raison de le faire, c’est pourquoi tout le monde trouve ça normal que le jeu soit devenu ça.

Des deux côtés du bureau, la même machine

Prenons le pipeline dans l’ordre. Ton CV arrive dans un logiciel qui le lit, le note et le trie, souvent en quelques secondes, avant qu’un humain l’ait effleuré. La présélection, c’est déjà une machine qui décide si ton visage mérite d’être vu. Tu l’apprends, alors tu passes ton CV dans un outil qui le rend lisible par la dite machine. Ça, personne ne l’appelle de la triche, ça s’appelle de l’optimisation.

Ensuite arrive l’entretien. Un humain, un vrai, qui pose des questions préparées à l’avance. Et là, si tu utilises ton IA pour te souffler les réponses, tu deviens un menteur, l’honnêteté du processus est violée, la moralité en prend un coup.

On a déjà raconté comment l’IA te fait passer l’entretien d’embauche et note ta foi dans la mission. La machine jugeait le candidat. Aujourd’hui, c’est le candidat qui se sert de la machine. Le dossier n’a pas changé de camp, il s’est juste mis à aller dans les deux sens.

Le « on voit tout » est une posture, pas une preuve

Le prompteur, la lecture hachée, le regard qui part à droite : oui, ça existe, et oui, un recruteur expérimenté le sent. Mais sentir et prouver, ce n’est pas la même job. Aucun de ces mecs n’a sorti un chiffre sur le taux de détection réel. On a un type à Manchester qui compare les candidats à des présentateurs télé, et on en fait une politique RH.

Parce qu’au fond, ce que dit l’organisme patronal, c’est ça : on ne peut pas empêcher le bordel, alors on affirme qu’on le maîtrise. C’est le même numéro que partout ailleurs dans l’IA. On industrialise un truc, puis on explique qu’on garde la main dessus. Et quand ça déborde, on désigne le maillon faible.

Le maillon faible, en l’occurrence, c’est le gamin de 23 ans qui a compris que sa lettre de motivation serait lue par un algorithme et qui a décidé de rendre coup pour coup. On lui reproche de lire un écran. L’écran d’en face, celui qui a filtré sa candidature avant qu’un humain la voie, personne ne lui reproche rien.

Alors bonne chance pour trancher qui triche. Le candidat utilise une IA pour répondre, le recruteur utilise une IA pour éliminer, et les deux camps jurent sur l’honneur que c’est l’autre qui a commencé. La seule chose qu’on peut affirmer sans se planter, c’est que le « pas le choix » et le « je vois tout » sont les deux mensonges les plus reposants du marché du travail.


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