La gouverneure du Maine met son veto au premier gel américain des datacenters pour sauver un projet local

T’as suivi le feuilleton du premier moratoire américain sur les datacenters ? Non ? Bon, je résume : le Maine allait devenir le pionnier, le premier état à dire stop aux fermes de serveurs de plus de 20 MW jusqu’en octobre 2027. Le temps qu’une commission analyse l’impact sur le réseau, les factures et l’environnement. Mais vendredi, Janet Mills, la gouverneure démocrate, a posé son veto.

Elle n’a pas posé son veto parce qu’elle trouve l’idée débile. Au contraire, dans sa lettre aux législateurs, elle écrit qu’un moratoire est « approprié vu l’impact des datacenters géants dans d’autres états ». Sauf que la loi ne prévoyait pas d’exception pour un datacenter de 550 millions de dollars en construction à Jay, une petite ville qui a perdu sa papeterie (et des centaines d’emplois) en 2023. Le projet promet 800 emplois de chantier, 100 postes permanents bien payés, et des recettes fiscales non négligeables pour une commune qui en a besoin.

Alors elle a coupé la poire en deux : veto sur le moratoire, mais elle signe un décret pour créer un conseil d’étude, et elle interdit déjà aux datacenters d’accéder aux aides fiscales au développement. Un compromis à l’arrache, mais compréhensible politiquement.

La représentante Melanie Sachs, autrice du texte, n’a pas caché sa colère : « Un veto protège peut-être le projet de Jay, mais il met en danger tous les contribuables, notre réseau, notre environnement et notre avenir énergétique. » Elle a raison sur le fond. Mais la réalité est que le Maine rural n’a pas les mêmes marges qu’une Virginie.

Ce qui est intéressant, c’est le contexte national. L’opposition aux datacenters est devenue un sujet bipartisan rare : des états comme New York, Oklahoma ou la Géorgie étudient des mesures similaires. Et au fédéral, Bernie Sanders et AOC ont déposé une loi pour geler toute construction tant que le Congrès n’aura pas voté une loi sur la sécurité de l’IA. Le tout alors que les géants de la tech promettent plus de 600 milliards de dollars de dépenses cette année dans les datacenters. 600 milliards. C’est plus que le budget militaire de la plupart des pays.

Mills, qui brigue un siège au Sénat, a un calcul politique évident : un moratoire trop strict lui coûterait des voix dans les zones rurales décimées. Son rival progressiste Platner a qualifié le texte de « pansement », appelant à des standards fédéraux qui incluent des protections pour les travailleurs. Mais il n’a pas eu à faire les arbitrages.

Au final, le Maine n’est pas devenu le laboratoire qu’on attendait. Mais le sujet ne va pas s’éteindre. Les datacenters bouffent de plus en plus d’électricité (4,4% de la conso américaine en 2023, jusqu’à 12% prévus en 2028 selon le DoE), les factures grimpent, et l’opinion publique commence à sérieusement râler. Un sondage NBC récent montre que l’IA a une cote de popularité… juste au-dessus de l’Iran et du Parti démocrate. Oui, tu as bien lu.

La prochaine étape, c’est peut-être la Virginie, ou un autre état. En tout cas, le genie est sorti de la bouteille, et il n’a pas l’intention d’y retourner. En attendant, Jay aura son datacenter. Et le reste du monde continuera à cramer du charbon pour faire tourner ChatGPT.


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