David Gewirtz avait un fichier pourri sur son Mac Studio. Un vieux fichier Macromedia Director, format mort et enterré depuis l’ère des CD-ROM, avec 2 338 icônes dedans. Les reliques d’Icon Gallery, un logiciel qu’il vendait encore en boîte en 1997. Il l’a balancé à Claude avec une consigne basique : sépare-moi tout ça dans un dossier. Quatre minutes et trente étapes plus tard, plus de 2 000 PNG rangés par thème.
Dix-huit jours après, il se retrouvait avec une idée d’appli. Onze jours plus tard, elle était validée sur l’App Store. Pas une ligne de code écrite à la main, d’après le récit qu’il signe chez ZDNet. Il a bricolé à moitié sur Claude Desktop (stratégie) et à moitié sur Claude Code (gros œuvre). Son produit, Icon Gallery ’97, fait défiler sa vieille bibliothèque d’icônes et les redimensionne proprement, du 32×32 au 1024×1024. Résumé : une IA a déterré son passé pour lui permettre de le revendre.
De son côté, un autre développeur a utilisé le même Claude pour un chantier plus large : refaire sept applications Adobe, gratuites, sous le nom d’ArtCraft. Sept. Gratos. Tu imagines la tête des abonnés Creative Cloud.
Deux histoires, un seul mouvement. Le « vibe coding » arrête de jouer dans son bac à sable. On ne parle plus de démos rigolotes lâchées sur les réseaux pour la vanne, on parle d’un produit validé par Apple et de concurrents qui viennent mordre le business d’Adobe. La ligne a bougé : écrire du code n’est plus le périmètre réservé de ceux qui savent le taper.
Sauf que regarde ce que la machine fabrique quand on lui lâche la bride. Des clones. Des résurrections. Le grand bond en avant de l’IA en développement logiciel, pour l’instant, c’est de recopier ce qui existe déjà et de déterrer un logiciel de 1997. Pas d’inventer un truc que personne n’avait imaginé. On repassera pour la disruption, comme disent les brochures.
Le détail vaut qu’on s’y attarde. Claude n’a pas renâclé devant un format binaire abandonné depuis trente ans. Il n’a pas sorti le couplet habituel sur le fichier illisible. Il a demandé dans quel format livrer les images, et si on voulait rendre transparents les pixels blancs sur les bords. C’est con comme remarque, mais c’est exactement là que ça devient intéressant : là où un humain aurait pesté pendant deux heures, la machine a enchaîné trente étapes sans se plaindre. La démo tourne, la sortie du fichier le prouve.
Maintenant, la partie que personne ne met dans le communiqué. TechRepublic, en annonçant les sept clones d’Adobe, glisse discrètement le mot « limitations ». Et il pèse lourd, ce mot. Un clone d’app Adobe, ce n’est pas juste une interface qui ressemble. C’est avaler les formats propriétaires, les plugins, les trente ans d’exceptions et de cas tordus que les équipes d’Adobe ont accumulés. C’est aussi tenir dans la durée, patcher les failles, répondre aux gens qui te paient. Une appli qui tourne sur ton Mac le dimanche après-midi, c’est une preuve de concept. Le produit, c’est autre chose.
On en parlait déjà début octobre avec ce mod Skyrim pondu par un agent : l’IA code, mais il faut encore qu’elle se relise. Même chanson ici, avec une différence de taille. Un humain a signé, a mis un prix sur l’App Store, et endosse la responsabilité du bazar.
Ce qui nous amène à la vraie question. Quand n’importe qui peut sortir une appli en deux semaines sans savoir coder, la suite est prévisible. L’App Store était déjà une décharge. Rajoute des milliers d’applis pondues par des gens qui ont eu une idée un dimanche midi, et tu obtiens une décharge avec de l’IA dedans. Les meilleures trouveront leur public. Le reste, c’est du bruit de fond, du spam à icônes, et des types qui découvrent trois semaines plus tard qu’une appli, ça se maintient.
Reste un truc assez drôle. L’exemple le plus abouti du vibe coding, aujourd’hui, c’est un type qui ressuscite son propre logiciel de 1997 et te le revend au prix neuf. L’IA n’a rien inventé. Elle a fait le ménage dans un disque dur et rempli les papiers pour Apple. C’est peut-être ça, le futur du développement : moins de génie, plus de plomberie, et de la nostalgie facturée plein tarif.
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