Palantir affole le CAC politique et financier

Palantir, c’est le dealer de données du Pentagone qui vient de signer son meilleur trimestre, et le CEO Alex Karp ne se gêne pas pour le faire savoir. Tandis que son action s’envole de près de 8% en after-hours, le patron balance des phrases à la limite de l’orgasme corporate : « une des performances vraiment iconiques » de l’histoire des entreprises. Traduction : on s’est gavé.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : une prévision de croissance des ventes à +61% pour l’année, dopée par les contrats gouvernementaux US et un business privé qui explose. Palantir n’est plus le petit outsider paria du data mining ; c’est devenu l’outil incontournable pour ceux qui veulent traquer, analyser et prédire à l’échelle industrielle. Karp lui-même le résume en une formule : « Nous sommes un n de 1 ». Comprendre : on n’a pas de concurrents sérieux, on est seuls sur le marché, et on en profite pour facturer des prix de monopole.

Mais le plus croustillant, c’est le discours politique. Karp ne se contente pas de vendre des licences logicielles ; il vend une vision. Et cette vision, c’est que Palantir met « une pression politique énorme sur nos institutions ». Sous-entendu : les gouvernements et les grandes entreprises sont tellement dépendants de nos outils qu’ils ne peuvent plus s’en passer, même si ça fout la merde dans leurs bureaucraties. C’est du capitalisme de la dépendance, version data. Le mec te vend un système qui t’enserre, puis il se pavane en te disant que c’est toi qui as un problème.

Petit rappel pour ceux qui auraient oublié : Palantir, c’est la boîte cofondée par Peter Thiel, le même qui finance des candidats politiques d’extrême droite et rêve de villes flottantes libertariennes. Leur logiciel, à l’origine, c’était pour traquer des terroristes. Aujourd’hui, il sert à tout : santé, finance, logistique, renseignement. La frontière entre sécurité nationale et surveillance commerciale ? Elle a sauté depuis longtemps.

Et l’IA dans tout ça ? Palantir n’est pas une pure player de l’IA générative à la OpenAI. Leur jeu, c’est l’IA analytique, la fusion de données massives, la prise de décision automatisée pour les gros clients. C’est moins sexy que ChatGPT, mais probablement plus impactant à court terme. Quand tu contrôles les données opérationnelles d’une armée ou d’une multinationale, tu contrôles leurs décisions. Et ça, c’est un pouvoir que même Sam Altman peut envier.

Le paradoxe Palantir : une entreprise qui se vante de sa croissance exponentielle tout en dénonçant les institutions qu’elle nourrit. Karp joue sur les deux tableaux : le business ultra-lucratif et la posture du prophète qui prévient des dangers de sa propre puissance. Un peu comme si un dealer t’expliquait que la drogue, c’est mal, tout en comptant tes billets.

Et maintenant ? Avec une action qui monte en flèche et des prévisions de croissance à deux chiffres, Palantir est en position de force. Mais cette dépendance accrue des gouvernements pose des questions éthiques et politiques qui dépassent le simple bilan trimestriel. Quand une boîte privée devient l’infrastructure critique de la prise de décision publique, qui contrôle vraiment ?

La chute : En attendant, les investisseurs s’en foutent. Ils voient les chiffres, ils voient les contrats, et ils achètent. Le reste, c’est pour les comités d’éthique qui se réunissent une fois par an. Palantir a compris le jeu : dans le capitalisme tardif, les données sont la nouvelle monnaie, et ils en ont la planche à billets.


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