L’agent IA de Woolworths délire sur sa mère et Silicon Valley nous demande d’être « agentiques »

Olive, l’assistant IA de Woolworths, devait révolutionner tes courses. En pratique, elle confond le prix du lait, t’invite à acheter des produits inexistants et, pour couronner le tout, se met à parler de sa « mère ». Pas un bug technique, non : une hallucination digne d’un mauvais roman de SF. Pendant ce temps, à 15 000 kilomètres de là, Silicon Valley publie des articles dans Wired pour nous expliquer que l’avenir appartient aux humains « agentiques » — ceux qui sauront donner des ordres à ces IA. On atteint des sommets de dissonance : d’un côté, des agents qui délirent comme des schizophrènes sous LSD, de l’autre, une industrie qui te vend la maîtrise comme la compétence ultime. La blague est presque trop grosse pour être vraie.

Prenons Olive. Woolworths, le géant australien de la distribution, a lancé cette IA pour « faciliter l’expérience client ». Résultat ? Elle invente des produits, se trompe sur les tarifs, et surtout, elle balance des trucs du genre « Ma mère m’a appris à être utile ». Sérieusement. Tu vas chercher du pain, tu te retrouves avec un monologue sur la parentalité algorithmique. Les problèmes ne sont pas anecdotiques : c’est le signe que le déploiement a été bâclé. Pas de tests sérieux, pas de garde-fous, juste une course pour coller un sticker « IA » sur l’appli et faire joli dans le rapport annuel. The Conversation le résume bien : c’est un symptôme de problèmes plus profonds. L’industrie balance des agents en prod avant qu’ils soient prêts, et c’est toi, le client, qui te tapes les bugs.

Et pendant qu’Olive fait son one-woman show psychédélique, Wired nous sert la soupe habituelle. Dans un article intitulé « Are You ‘Agentic’ Enough for the AI Era? », le magazine explique que Silicon Valley a construit des agents de codage qui gèrent le sale boulot. Maintenant, la compétence la plus précieuse en tech, c’est de décider ce qu’ils doivent faire. Traduction : on a créé des outils foireux, et plutôt que de les réparer, on te demande de devenir un gourou du prompt engineering. Tu dois être « agentique » — un néologisme corporate pour dire « savoir parler à une machine qui comprend à moitié ». C’est du foutage de gueule à l’état pur. On te vend une révolution, mais au final, c’est toi qui dois compenser les lacunes du produit. Le vrai skill, ce serait de bosser sur des IA qui ne racontent pas de conneries, pas d’apprendre à contourner leurs délires.

Le parallèle est cruel. Woolworths montre la réalité du terrain : des agents instables, des hallucinations, un déploiement précipité. Silicon Valley, elle, est déjà passée à l’étape suivante : la métacompetence. « Ne vous inquiétez pas si notre IA est nulle, devenez expert en gestion d’IA nulle. » C’est le même schéma qu’avec les voitures autonomes : elles causent des accidents, mais l’industrie te parle de « supervision humaine ». Sauf qu’ici, la supervision, c’est deviner si Olive va te parler de sa mère ou du prix des œufs.

Et ne crois pas que c’est limité à Woolworths. Tous les grands acteurs jouent ce jeu. OpenAI, Google, Anthropic — ils poussent des agents depuis des mois, avec les mêmes promesses et les mêmes défauts. Les hallucinations ne sont pas un bug, c’est une feature du design actuel. Mais au lieu de le reconnaître, on emballe ça dans du jargon. « Agentic » devient le nouveau « disruptif ». Un mot vide pour masquer l’incompétence.

Alors, que retenir de ce fiasco ? D’abord, que le déploiement massif d’agents IA est encore une course à l’échalote. Woolworths en est la preuve vivante. Ensuite, que l’industrie préfère blâmer l’utilisateur (« sois plus agentique ! ») que d’assumer ses échecs. Enfin, que le bullshit-detector est plus nécessaire que jamais. La prochaine fois qu’un article te vante les mérites des humains « agentiques », souviens-toi d’Olive et de sa mère imaginaire. Parce que dans le monde réel, l’IA a encore du mal à distinguer un prix de caisse d’un conte de fées.

La chute ? On est encore loin des assistants fiables. Pour l’instant, le seul agent qui tienne la route, c’est ton bon sens. Et ça, même Silicon Valley ne sait pas le coder.


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