L’entretien d’embauche vu par une IA qui transpire

Imagine. Tu postules à 100 offres d’emploi. Tu relances, tu reformules, tu optimises ton CV. Silence radio. Pas un seul retour humain. Juste le vide glacé d’une boîte mail qui ne répond jamais. Bhuvana Chilukuri, citée par la BBC, vit exactement ça. Elle est persuadée que ses candidatures n’ont même pas été vues par un être humain. Et elle a probablement raison. Parce que pendant ce temps, dans les coulisses, les CEO des startups d’IA qui vendent ces outils d’entretien automatisés commencent à transpirer.

Un CEO anonyme (parce que, évidemment, il ne veut pas que son nom soit associé à ce bordel) s’est confié dans une vidéo postée sur Hacker News. Le titre ? « Interview with a ‘sweating’ AI CEO ». Le gars, visiblement mal à l’aise, admet que son système de filtrage automatique des candidats a des « problèmes ». Problèmes, c’est un joli mot pour dire qu’il discrimine à tour de bras. Trop vieux ? Rejeté. Nom à consonance étrangère ? Rejeté. Parcours non linéaire ? Rejeté. Le logiciel est biaisé, il le sait, mais il continue de le vendre à des RH qui n’ont plus le temps ni les moyens de faire leur boulot correctement.

Ce n’est pas une surprise, hein. On sait depuis des années que les IA reproduisent les préjugés des données sur lesquelles elles sont entraînées. Sauf qu’ici, on parle pas d’un chatbot qui dit une connerie sur Twitter. On parle de vies, de carrières, de gens qui galèrent à trouver un taf parce qu’un algorithme défaillant les a mis dans la poubelle virtuelle avant même qu’un humain ait cliqué sur « ouvrir ».

Le pire dans cette histoire ? L’hypocrisie totale. Tu as des boîtes comme Anthropic ou OpenAI qui publient des tonnes de papiers sur l’éthique et la sécurité. Et tu as leurs clients (ou des startups qui utilisent leurs modèles) qui déploient des systèmes qui brisent des rêves à l’échelle industrielle. Et quand ça merde, personne n’est responsable. Le CEO transpire dans sa vidéo, mais il ne nomme pas sa boîte. Les RH blâment la « technologie ». Les candidats, eux, mangent leur clavier en silence.

On est où, là ? Dans un monde où l’IA est censée être un « assistant », pas un remplaçant. Sauf qu’en pratique, elle remplace allègrement le jugement humain, avec toute la merde que ça implique. Les entreprises veulent réduire les coûts, accélérer les processus, et au final, elles externalisent leurs décisions les plus importantes à des machines qui n’ont aucune empathie, aucune nuance, et un biais systémique digne d’une mauvaise comédie.

Alors oui, Bhuvana a raison de se sentir invisible. Elle l’est. Et tant que les CEO continueront de transpirer dans des vidéos anonymes au lieu de régler leurs conneries, ça ne changera pas. Le marché du travail est devenu un jeu vidéo où tu dois plaire à un boss final qui a les codes sources pourris. Bonne chance.


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