Alex Karp, laissons les futurologues de comptoir aux patrons de bar

Encore un milliardaire qui a décidé de nous éclairer sur l’avenir du travail. Alex Karp, le patron de Palantir, a sorti la boule de cristal lors d’une interview et nous annonce que seuls deux types de gens réussiront dans l’ère de l’IA : les travailleurs manuels et les neurodivergents. Le reste ? Apparemment, on peut déjà commencer à préparer nos CV pour la soupe populaire. Mais comme d’habitude avec ces prédictions à l’emporte-pièce, il y a plus de marketing que de vision.

D’abord, le discours. Karp conseille à la Gen Z de zapper les diplômes d’élite et de se tourner vers les métiers manuels. Super, un milliardaire qui a probablement payé une fortune pour ses études à Stanford nous dit que l’université, c’est surfait. Le niveau d’autodérision est palpable. Et en plus, il glisse que l’IA va saper le pouvoir économique des « électeurs formés en humanités, largement démocrates ». Ah, donc l’IA a maintenant une préférence politique ? On se croirait dans un épisode de Black Mirror écrit par un lobbyiste républicain.

Mais attendez, il y a du concret. Un cinquième des entreprises du Fortune 500 recrutent plus de talents neurodivergents d’ici 2027. Là, on touche à quelque chose d’intéressant. Parce que oui, la neurodiversité peut apporter des perspectives uniques, surtout dans un domaine comme l’IA où la pensée divergente est un atout. Mais de là à en faire la seule voie de salut ? C’est un peu comme dire que seuls les gauchers deviendront grands chefs cuisiniers. Ça ignore complètement la complexité du marché du travail et la myriade de compétences qui restent pertinentes.

Karp parle de « perturbation » comme si c’était une fatalité. Dans sa seconde sortie, il précise que l’IA n’est pas une prévision, mais un choix. Sauf que son propre discours semble assumer que ce choix est déjà fait : bye-bye les humanités, bonjour les neurodivergents et les plombiers. La dissonance est savoureuse. D’un côté, il dit qu’on a le contrôle, de l’autre, il décrit un futur tellement écrit qu’on pourrait le graver dans le marbre.

Et puis, parlons de Palantir. La boîte de Karp, spécialisée dans l’analyse de données pour les gouvernements et les grandes entreprises, a tout intérêt à promouvoir une vision où l’IA remplace les jobs « cognitifs » traditionnels. Plus les entreprises paniquent et investissent dans des solutions high-tech, plus son chiffre d’affaires explose. C’est pas de la futurologie, c’est du business development déguisé en prophétie.

Alors, est-ce que Karp a tort ? Pas entièrement. L’IA va effectivement redistribuer les cartes, et certaines compétences manuelles ou neurodivergentes pourraient gagner en valeur. Mais réduire l’avenir à un binaire aussi simpliste, c’est faire insulte à l’intelligence de tous ceux qui bossent dans des domaines hybrides, créatifs, ou tout simplement humains. L’IA, c’est un outil, pas une sentence. Et les choix qu’on fait aujourd’hui — en matière d’éducation, de politique, d’éthique — détermineront qui en bénéficie vraiment.

En attendant, la prochaine fois qu’un milliardaire te dit comment préparer ton avenir, rappelle-toi que son propre succès est souvent bâti sur un mélange de chance, de réseau et de capital de départ. Pas sur une prédiction sortie d’un dîner en ville.


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