T’as déjà eu ce moment gênant où ton pote te demande « c’est qui ton manager ? » et que t’es obligé de répondre « techniquement, c’est un agent IA » ? Si c’est pas encore arrivé, accroche-toi, parce que les prochains mois risquent de normaliser cette conversation.
Deux levées de fonds tombent aujourd’hui et elles racontent exactement la même histoire sous deux angles différents : l’agent IA n’est plus un outil, c’est un membre de l’équipe. Avec tout ce que ça implique de casse-tête légal, technique et organisationnel.
NewCore sort le passeport pour agents IA
66 millions de dollars, série B, et une thèse qui pique : « le prochain défi de la sécurité en entreprise, ce sera de gérer les agents IA, pas les humains ». NewCore veut donner une identité à chaque agent qui débarque dans ton SI. Un badge numérique, des permissions, un cycle de vie — exactement comme tu gères un nouveau salarié, mais en moins de resources humaines et en plus de tokens.
L’idée est pas conne. Aujourd’hui, quand tu déploies un agent IA chez toi, il traîne dans les mêmes systèmes que tes employés, avec des accès souvent trop larges, et personne ne sait vraiment qui fait quoi quand les logs disent « appel API depuis le service compta ». NewCore te propose de dire « ah, c’est l’agent FactureBot qui a consulté le fichier clients » et de pouvoir lui couper les vivres d’un clic.
Orbio veut mettre l’IA au management de première ligne
De l’autre côté de l’Atlantique, Orbio (18 millions d’euros, tout juste) prend le problème par l’autre bout : l’agent IA comme nouveau manager de proximité. Pendant vingt ans, les logiciels d’entreprise ont numérisé les processus — ERP, CRM, RH — mais le management, le vrai, celui qui te briefe le matin et te débriefe le soir, est resté humain.
Orbio veut changer ça. Un agent qui suit les performances en temps réel, qui réaffecte les tâches, qui détecte les baisses de productivité et qui, potentiellement, te met un coup de pression virtuel si t’es en retard sur tes objectifs. La startup française promet que c’est « augmentatif », pas « remplaçant », mais on connaît la musique : les managers humains vont vite comprendre que l’agent fait le même boulot pour un quart du prix et zéro congés payés.
Vrai collègue ou prothèse numérique ?
Les deux approches se complètent parfaitement. NewCore prépare le terrain pour que les agents soient intégrés comme des employés à part entière — avec identité, droits et audit. Orbio, lui, les met déjà au poste de commandement. La convergence est inévitable : ton prochain manager aura peut-être un numéro d’employé, un badge, et une fiche de poste.
Mais comme on vous le disait la semaine dernière à propos des agents « comme des stagiaires surdoués mais dangereux », tout ça soulève des questions qui puent. Qui est responsable quand un agent manager prend une décision pourrie ? Le fournisseur ? L’entreprise qui l’a configuré ? Le pauvre DSI qui a signé le bon de commande ? Et comment tu fais pour contester une évaluation de performance signée par un bout de code ?
NewCore et Orbio ont raison sur le constat : les agents arrivent et il faut les gérer. Mais entre donner une identité à un algorithme et lui filer le management des équipes, il y a un gouffre que le droit du travail et les syndicats n’ont pas encore commencé à mesurer.
Le marché, lui, ne se pose pas trop de questions : 84 millions de dollars frais, c’est le signe que les investisseurs y croient dur comme fer. Reste à savoir si les vrais employés (ceux en chair et en os) vont accepter de recevoir leurs ordres d’une API. Moi, je dis qu’on va bientôt avoir besoin de NewCore pour gérer les identités des agents, et d’un autre service pour gérer les burnouts des humains qui doivent supporter ça.
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