Il y a des idées tellement barrées qu’on les croirait sorties d’un épisode de Silicon Valley version space opera. Et pourtant. Une startup californienne, Orbital, vient de lever 5 millions de dollars — seed round mené par a16z’s Speedrun, s’il vous plaît — pour construire des datacenters capables de faire tourner de l’inférence IA… dans l’espace.
Oui, tu as bien lu. L’espace. Celui avec le vide, les radiations cosmiques et la maintenance à 400 kilomètres de distance.
L’idée sur le papier, faut reconnaître qu’elle a de la gueule : dans l’espace, t’as du solaire à la pelle 24h/24 (bon, presque), et le refroidissement passif par rayonnement est naturellement efficace — on frôle le zéro absolu en permanence. Pas besoin de climatiseurs qui bouffent 40% de ton énergie. En théorie, tu pourrais faire tourner des GPUs à plein régime sans transpirer.
Sauf que. Parce qu’il y a toujours un « sauf que ». Comme le rappelle The Conversation, autant construire une maison sur la Lune : t’as les plans, mais le chantier, c’est une autre paire de manches.
D’abord, la maintenance. Tes puces NVLink ou tes Habana Gaudi2, elles vont cramer, c’est mathématique. Et réparer un GPU en orbite, ce n’est pas comme appeler un technicien de SAV un samedi matin. Il faut envoyer une mission spatiale, ce qui coûte le prix d’un petit pays. Orbital compte sur des réparations robotisées ou la redondance massive — mais ça implique de doubler ou tripler ta masse en orbite, donc ton coût de lancement.
Ensuite, le lancement lui-même. SpaceX t’envoie une tonne en orbite basse pour environ 3000 dollars — c’est ce qui se fait de mieux. Mais un datacenter utile, on parle de centaines de tonnes. Même avec Starship, ça fait un paquet de lancements, donc un paquet de CO₂ et un paquet de dollars.
Et les radiations ? Les rayons cosmiques, c’est pas de la blague. Les composants standards se dégradent vite en orbite. Orbital parle de blindage et de durcissement, mais ça ajoute de la masse et des coûts.
Bref, la startup a du chemin. Pour l’instant, elle compte une douzaine de personnes, des anciens de SpaceX, Amazon LEO et Northrop Grumman. Pas des manches, donc. Mais 5 millions de seed, c’est le billet de loto qu’il faut pour commencer, pas pour finir.
C’est peut-être le début d’une course à l’espace pour l’IA, un nouveau land grab orbital, ou juste un coup de pub pour lever les vrais milliards qui suivront.
Moi je dis : si dans cinq ans mon agent IA me répond « je suis en orbite basse, reviens dans 90 minutes », on saura que ça a marché.
Sources :
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