L’IA va enfin nous débarrasser des corvées administratives, nous promet-on. Deux levées de fonds aujourd’hui viennent nous raconter cette douce rengaine. Equal AI, la start-up d’Hyderabad spécialisée dans le screening vocal et l’intelligence conversationnelle pour les RH, annonce 30 millions de dollars de Series B menée par Prosus Ventures et Tomales Bay Capital. De son côté, le français LINC empoche 8,5 millions d’euros pour mettre l’IA au service des cabinets comptables et de leurs 22 millions de bulletins de paie mensuels.
Bon, soyons clairs : personne ne pleurera sur la fin du tri de CV à la main ou la saisie de données fiscales à 2h du mat’. Mais il y a un détail qui claque. Equal AI te promet un « agent vocal autonome » pour présélectionner les candidats. Exemple : un bot qui te passe un entretien, analyse le ton, le choix des mots, et te dit si le mec vaut le coup. La promesse de l’objectivité algorithmique, sauf que les biais, on les connaît. Mais 30 millions de dollars, ça aide à les ignorer.
LINC, lui, s’attaque à la paie. 8,5 millions pour « automatiser la conformité sociale » – comprenez : virer les erreurs de calcul et les risques prud’homaux. L’éditeur promet une plateforme d’« intelligence conversationnelle » pour les experts-comptables. En gros, un chatbot qui cause droit du travail et te pond des bulletins sans faute. Sympa sur le papier, mais dans les faits, les réglementations changent toutes les semaines. L’IA va devoir bosser dur pour ne pas transformer la paie en jeu de piste.
Ce qui me tue, c’est le timing. On vit dans un monde où les DRH passent leur temps à chasser les fantômes (les CVs générés par IA, les candidats qui ne viennent pas) et les comptables croulent sous les normes qui explosent. Et là, on leur balance deux solutions IA censées résoudre le problème avec des tokens et des modèles de langage. Pendant ce temps, les vrais problèmes structurels (la pénurie de talents, la bureaucratie kafkaïenne, la paperasse qui vient de l’administration) restent intacts. On met un pansement IA sur une fracture ouverte.
Mais bon, les investisseurs sont contents. Prosus et Tomales Bay ont sorti le chéquier pour Equal AI, et le fonds de Valiant en a pris une part. LINC, lui, a convaincu des business angels et des fonds français. Chacun son délire. Moi, je regarde les chiffres : 30 millions pour un voice bot RH, 8,5 millions pour un assistant comptable. C’est pas rien, mais c’est peanuts comparé aux centaines de millions qu’avalent les LLM généralistes. L’IA de niche, c’est le nouveau terrain de jeu des fonds qui veulent du concret.
Reste à voir si les utilisateurs suivront. Parce que confier sa fiche de paie à une IA, ou se faire recaler par un robot au téléphone, c’est pas encore un réflexe. Mais on s’y fera. Comme on s’est fait au self-checkout et aux chatbots de service client. Jusqu’au jour où l’IA merde et que tu te retrouves avec un bulletin à 0€ ou un candidat génial que personne n’a rappelé parce que le bot a détecté une « intonation négative ».
En attendant, les caisses sont pleines, les promesses aussi. L’avenir nous dira si ces boîtes tiendront leurs engagements ou si elles finiront au rayon des startups qui avaient une belle idée mais pas assez de data pour la faire fonctionner. Mais ça, tu le liras dans un prochain article. Pour l’instant, applaudissons poliment les chèques et regardons la machine s’emballer.
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