Pendant que la moitié du secteur te vend un assistant qui écrit des haïkus et l’autre moitié promet une AGI pour les fêtes, une troisième catégorie d’IA encaisse tranquillement. Celle qui doit juste éviter de raconter n’importe quoi devant un inspecteur. Et cette semaine, elle a pris cher en chèques.
Le plus gros d’abord. Go.AI, fraîchement rebaptisé (il s’appelait Go Abacus, va savoir pourquoi on change de nom juste avant d’aller taper des investisseurs), empoche 85 millions de dollars en série A. Updata Partners mène la danse, avec GFT Ventures et LAUNCH qui remettent au pot. Total levé depuis le début, 90 millions. La boîte vend de l’infrastructure IA « on-premise, prête pour l’examen ». Comprends : tes données restent chez toi, et un régulateur peut venir fouiller ta tambouille sans que tout parte chez un hyperscaler du cloud.
Ça marche parce qu’une banque, un assureur ou un labo pharma ne peut pas balancer ses données patients à un service tiers sans se faire découper en rondelles par sa conformité. On en parlait la semaine dernière avec cet assureur allemand qui a filé des agents IA à 400 employés, et dont la conformité a dit oui. Le filon est le même : l’IA qui rentre dans les industries régulées, c’est l’IA qui accepte de mettre un costume et de laisser ses données à la porte.
Deuxième chèque, 40 millions de dollars pour Vals. Fondée en 2024, la boîte fait du benchmarking de modèles IA. La série A est menée par Andreessen Horowitz, après un seed emmené par 8VC et Bloomberg Beta. Le cofondateur, Rayan Krishnan, a 25 ans, un passage chez Palantir en stage, et un CV Stanford plus Microsoft. Rien contre le monsieur, mais avoue que le profil « petit génie de 25 ans qui vend de la mesure de performance à des fonds qui mesurent tout » a un côté boucle qui se mord la queue.
Et c’est là que le bât blesse. Vals veut construire des systèmes de benchmark « plus rigoureux » pour les modèles. Sauf que la rigueur, c’est précisément ce qui manque au secteur depuis qu’on note des IA sur des jeux de test qu’elles ont probablement croisés à l’entraînement. Reste à savoir qui va benchmarker les benchmarkeurs. Probablement une autre levée de fonds, tiens.
Troisième larron, et le seul à parler français. Biolevate, Paris, 30 millions d’euros en série A. La boîte ne se présente plus comme un simple outil de rédaction médicale, elle veut organiser la façon dont les labos cherchent, documentent, vérifient et valident leur savoir scientifique. Autrement dit, elle vend de la conformité déguisée en IA. Le genre de produit qui ne fait rêver personne en démo, mais qui coche les cases d’un département qualité.
Le motif saute aux yeux, maintenant. Pendant que le grand public s’extasie sur des chatbots qui font la conversation, le vrai business se construit dans les coulisses chiantes : prouver que ton modèle ne délire pas, garder tes données sur ton propre serveur, produire un dossier que l’Agence du médicament ne va pas jeter à la poubelle au bout de trois pages.
Et ce n’est pas une mauvaise nouvelle. Qu’on mette enfin de l’argent dans des IA qui savent dire « je ne sais pas » plutôt que dans des agents qui réservent des vols à ta place, c’est plutôt sain. Le problème, c’est le récit. On te vend toujours la révolution, alors que le marché, lui, paie pour la prudence. La conformité n’a jamais eu une gueule d’argument de vente. Elle est en train de devenir le vrai business model.
Et si tu trouves ça ennuyeux, rassure-toi. C’est exactement pour ça que ça rapporte.
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