Qualcomm paie Huawei pour la première fois, la 5G a changé de camp

Ça devait rester un tabou. Qualcomm, la boîte de San Diego qui refourgue ses modems 5G et ses licences à la moitié de la planète, va payer Huawei. Pour la première fois. Un accord pluriannuel couvrant la 5G, l’IA, les réseaux et le calcul, annoncé alors que les restrictions américaines contre le fabricant chinois tiennent toujours officiellement debout.

Rappel pour les distraits. En 2020, c’était Huawei qui passait à la caisse. Un accord de licence signé avec Qualcomm, autour de 1,8 milliard de dollars, pour solder des années de contentieux. Le Chinois payait, l’Américain encaissait, et tout le monde trouvait ça dans l’ordre naturel des choses. Cinq ans plus tard, le sens du virement s’inverse.

Entre-temps, Huawei a arrêté de jouer les pestiférés. La boîte a empilé les brevets essentiels à la 5G comme d’autres collectionnent les timbres, jusqu’à devenir un passage obligé pour quiconque veut fabriquer un téléphone qui capte autre chose que le vide. Sanctionné, asphyxié côté composants, mais propriétaire des tuyaux intellectuels que les autres doivent emprunter. Faut le faire.

Le détail qui pue

Qualcomm rachète aussi « certains brevets américains » de Huawei. Devinez lesquels. Ni le communiqué ni les deux intéressés ne précisent le périmètre. Une acquisition d’une telle opacité, qui atterrit pile au moment où Washington resserre l’étau sur tout ce qui touche aux semi-conducteurs chinois, ça sent le montage juridique monté à la va-vite. On achète des brevets américains à une boîte que Washington étrangle, et personne ne veut dire lesquels. Curieux, non ?

On en parlait déjà la semaine dernière à propos des restrictions sur les puces : Washington peut bien boucher un trou, il y a toujours quelqu’un pour en trouver deux. Le cas Qualcomm-Huawei en est une démonstration presque trop propre. Les sanctions sont des effets d’annonce calibrés pour la presse. Les brevets, eux, sont des contrats signés par des avocats qui ne regardent pas la couleur du drapeau, juste celle du chèque.

Ce qui se joue ici dépasse largement l’anecdote du virement inversé. Huawei transforme sa mise au ban en monnaie sonnante et trébuchante. Chaque année passée hors des circuits américains classiques l’a poussé à bricoler ses propres puces, son propre écosystème, et à breveter tout ce qui bougeait. Résultat : la voilà assise sur un trésor intellectuel que même ses adversaires doivent venir lui louer. Le blocus a accouché d’un propriétaire. Bravo à l’architecte.

Et Qualcomm dans tout ça ? La boîte a compris qu’elle ne pouvait pas se permettre de bouder la 5G chinoise éternellement. Quand ton business repose sur des licences, tu finis par licencier avec tout le monde, même ceux que ton propre gouvernement a mis au coin. L’alignement géopolitique, c’est bien joli dans les discours. Dans un bilan trimestriel, ça rapporte moins.

Reste la vraie question, celle que personne ne pose dans les communiqués lisses. Combien Qualcomm va payer, exactement ? Sur quels brevets ? Et combien de temps avant que la Maison-Blanche ne découvre, avec une sincère stupeur, que ses sanctions avaient une fuite ?

Les restrictions, c’est pour les plateaux télé. Les redevances, c’est pour le monde réel. Et dans le monde réel, cette semaine, c’est Huawei qui tend la sébile à Qualcomm. Qui l’eût cru, à part Huawei.


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