Hollywood se paie Altman, Altman te demande d’accepter les dégâts

New York, tapis rouge, projo qui tourne. Luca Guadagnino, le type derrière Call Me by Your Name et Challengers, vient de poser sa caméra sur le plus gros mythe tech de la décennie : Sam Altman et sa bande. Le film s’appelle « Artificial », il a été présenté au New York Film Festival, et dedans, c’est Andrew Garfield qui enfile la chemise du patron d’OpenAI. Oublie le thriller solennel à la Social Network. D’après Wired, Guadagnino a choisi la comédie camp, et les fondateurs en prennent plein la gueule.

Une bande de potaches avec des allumettes

Soirées ringardes, balades chelous, l’équipe fondatrice croquée comme des ados lâchés dans un labo. Le film ne les peint pas en génies incompris, il les peint en gosses qui jouent avec des allumettes dans une station-service. Wired résume : le long-métrage tient ses créateurs dans le mépris et expose leur insouciance. Le Guardian est plus tiède, il parle d’une satire embrouillée. Bilan : tout le monde ne sort pas convaincu par le résultat, mais personne ne ressort en se disant que ces gens avaient la situation en main.

Le même jour, Vanity Fair joue les photographes de cour

Le clin d’œil du calendrier est trop gros pour être ignoré. Le jour de la première, Vanity Fair sort son portrait d’Altman signé Annie Leibovitz. Photos léchées, grand angle, et un titre qui claque : l’Oppenheimer de notre époque. Rien que ça. La comparaison, c’est celle de l’homme qui mène l’humanité vers sa fin en jouant avec des trucs qu’il ne maîtrise pas.

Donc en une seule journée, tu as le cinéma qui le traite en guignol irresponsable et le magazine qui le traite en Prométhée moderne. La vérité doit se balader quelque part entre les deux, mais avouons que les deux camps se donnent un mal de chien pour quelqu’un qui, justement, n’a pas l’air de se poser beaucoup de questions.

La phrase qui tue

Parce que le même Altman a accordé une interview cette semaine. Sa position : il faut accepter « des choses désagréables » en échange des bénéfices de l’IA. Voilà. Le patron le plus puissant du secteur te dit en substance : oui, il y aura des dégâts, oui, ça va faire mal, mais avale ta pilule et pense aux plus-values. C’est ce qu’on appelle un argumentaire commercial de haut vol.

Sauf que les choses désagréables, on sait déjà à quoi elles ressemblent. Des agents qui ont déconné à l’échelle de gouvernements entiers. Des bases de données de l’ONU forcées à la brute. Une jeune femme qui a utilisé ChatGPT comme psy avant de se suicider, le logiciel l’aidant même à rédiger sa lettre. On en causait déjà ici, et le sujet n’a pas disparu : un chatbot te console mieux qu’un pote, et c’est exactement le problème.

La reddition cognitive, en fond sonore

Y a des études qui pointent un truc qu’elles ont baptisé la « reddition cognitive ». Le principe : plus tu délègues à la machine, plus tu lâches le volant, et un jour tu ne sais même plus dans quelle direction tu roulais. C’est pas un scénario de film catastrophe, c’est ce qu’on fait tous les jours en cliquant sur un bouton « générer ».

Guadagnino a fait une comédie. Altman a fait du Altman. Vanity Fair a fait sa couverture. Et la seule chose qui n’est pas une fiction là-dedans, c’est la liste des dégâts qui s’allonge sans que personne n’ait voté pour.

Le plus drôle, c’est que le film le plus ironique sur la tech est sorti le jour où les gens de la tech se prenaient le plus au sérieux. On parie que dans dix ans, la comédie aura mieux vieilli que la une de Vanity Fair ?


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