Musk veut fusionner Tesla et SpaceX au nom de la superintelligence

Elon Musk a un nouveau projet. Pas un tunnel sous Los Angeles, pas un implant dans le crâne, pas un robot humanoïde dansant : fusionner Tesla et SpaceX. Et pour justifier le truc, il a sorti l’argument le plus large de sa collection. « Je pense vraiment qu’il y a beaucoup de mérite à combiner les entreprises, parce qu’on est à peu près dans la singularité de la superintelligence », a-t-il lâché mardi, lors de la conférence de résultats trimestriels de SpaceX.

La singularité de la superintelligence. Voilà. Une berline électrique et une fusée réutilisable, réunies sous le même toit parce que l’humanité s’apprête à basculer. On a déjà vu des justifications plus modestes pour un mariage industriel.

Les deux conseils d’administration ont mis sur pied des comités spéciaux d’administrateurs indépendants chargés d’étudier un accord, à la demande des actionnaires. Musk, lui, tient à préciser son statut : « Comme je suis une partie en conflit, je ne peux pas être dans les discussions des comités spéciaux. » Voilà pour la feuille de vigne. Le contrôle reste dans la même main, mais la procédure, elle, a bonne mine. Les actionnaires auront le dernier mot, promet-on. Le dernier mot façon assemblée générale : tu valides un truc que deux conseils ont déjà décidé d’explorer.

Côté marchés, la machine s’emballe. SpaceX a publié mardi son premier bénéfice en tant que société cotée, et l’action a grimpé jusqu’à 8 % après la clôture. Barclays, cité par Reuters, avance qu’une annonce pourrait tomber dès décembre. Musk, lui, tempère : trop tôt pour savoir si le mariage aura lieu. Le même homme qui dit « bonne idée » et « trop tôt pour savoir » dans la même conversation, tu connais le genre.

Il faut dire que l’ambition donne le vertige. Selon Musk, SpaceX viserait un chiffre d’affaires récurrent annuel de 500 à 1 000 milliards de dollars d’ici la fin 2027. Relis le chiffre. Mille milliards de revenus récurrents, dans un peu plus d’un an. À ce niveau, on ne parle plus de business plan, on récite une profession de foi.

La liste des « synergies » (pardon pour le gros mot) est édifiante : logiciels de superintelligence, conception de puces, le fameux Terafab, robotique, mise en orbite de masse avec la constellation Starmind, connectivité. Autrement dit, tout ce que Musk possède déjà, rassemblé sous un seul toit. On appelle ça une fusion. En pratique, c’est un archivage.

La logique rappelle une boucle qu’on connaît bien : Nvidia vend la puce, prête le fric et rachète la machine. Sauf que là, la boucle se referme dans un seul portefeuille. Tesla apporte les voitures et les robots, SpaceX les fusées et les satellites, et l’IA sert de colle narrative pour que les investisseurs voient un empire au lieu de deux boutiques. La rumeur parle même de SpaceX qui avalerait Tesla, un scénario que Barclays n’exclut pas de voir officialisé avant la fin de l’année.

Et puis il y a les cadeaux. Musk a promis cette semaine une action SpaceX à chaque enfant américain l’année prochaine, en suggérant que ce ne serait peut-être que le premier d’une série. Un geste philanthropique, dit-il. On notera que la générosité coûte peu en communication et rapporte beaucoup en photo. Pendant ce temps, Tesla dévoilait la semaine dernière son Roadster nouvelle génération, capable de décoller d’une rampe grâce à des propulseurs à air comprimé pour une figure en plein vol. Chez Musk, l’ingénierie et le cirque, c’est souvent la même réunion.

Les comités trancheront, les actionnaires voteront, Barclays jouera les oracles jusqu’en décembre. Une chose est sûre : quand on te vend un mariage automobile-spatial au nom de la superintelligence, c’est que le dossier a besoin d’un très grand mot pour passer. La singularité, c’est pratique. Ça englobe tout, donc ça justifie tout. Reste à voir si les actionnaires de Tesla apprécient qu’on leur explique qu’ils possèdent désormais une fusée.


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