Gemini fait de son chat un éditeur de fichiers, le mobile attend son tour
L’export, ce geste imbécile qui consistait à sortir un fichier d’une app pour le rouvrir dans une autre, vient de prendre un coup. Google a annoncé le 29 octobre que Gemini génère, prévisualise et modifie désormais tes documents sans que tu quittes la conversation. PDF, Google Docs, Sheets, Slides, Markdown, TXT, code : tout se bricole dans la fenêtre de chat.
La mécanique est simple et plutôt bien vue. Tu génères un document, tu l’agrandis en plein écran, tu surlignes un passage et tu demandes à Gemini de le réécrire. Tu surlignes un tableau et tu lui demandes d’en faire un graphique. Pas de copier-coller, pas d’onglet supplémentaire, pas de « attends, je rouvre Docs ». D’après The Verge, c’est ouvert à tous les utilisateurs de Gemini dès le jour de l’annonce.
Sauf que la disponibilité, c’est là que ça grince. Le PDF se prévisualise et s’édite sur le web et sur mobile. Le reste, donc à peu près tout ce qui sert vraiment à travailler (tableurs, présentations, documents, code), reste bloqué à la version web pour l’instant. Aucun calendrier annoncé pour le téléphone.
Deux reprises de l’annonce ne racontent d’ailleurs pas la même histoire. The Verge limite le mobile au PDF, noir sur blanc. AIBase, dans une dépêche datée du 30 octobre, écrit que l’ensemble des formats s’éditent en temps réel sur le web et sur mobile. Les deux ne peuvent pas avoir raison, et c’est la version qui nomme ses propres limites qu’il faut croire.
Le vrai sujet n’est pas la liste des formats. C’est le sens du déménagement. Google avait déjà installé Gemini dans la barre latérale de Docs, Sheets et Slides : l’assistant venait dans l’app. Cette fois, c’est l’app qui vient à l’assistant. Ton document cesse d’être un endroit où tu te rends pour devenir un objet que tu fabriques et que tu retouches dans un fil de discussion.
Ça ressemble à une inversion de modèle déguisée en confort. Pendant quinze ans, Workspace a été le produit, et l’IA un bonus qu’on te refacturait par-dessus. Maintenant, le produit c’est le chat, et Docs devient un format d’export parmi d’autres, à côté du Markdown et du TXT.
Apple a pris le chemin inverse ces derniers jours, en glissant un assistant dans Pages, Keynote et Numbers sans toucher à l’architecture de ses applis. Deux paris sur l’endroit où l’utilisateur passera ses journées. Je ne miserais pas ma paie sur le camp d’Apple.
Google n’innove pas non plus sur le concept, il rattrape. Anthropic permet de générer et modifier documents et présentations directement dans les fenêtres de Claude depuis plus tôt cette année, et Google lui-même savait déjà générer et télécharger des fichiers dans Gemini avant cette mise à jour. La nouveauté tient dans un verbe : éditer. C’est peu dit comme ça. C’est beaucoup en pratique, parce que c’est toute la différence entre recevoir un brouillon et pouvoir le corriger.
Reste une question que Google ne pose pas : combien de temps la barre latérale de Docs va survivre à ça ? Si tu peux demander un tableau, le voir, le corriger et le changer en graphique dans le chat, l’onglet Docs devient un vestiaire. On y passe pour archiver et partager, plus pour produire.
Et le téléphone, dans tout ça ? Personne ne tape un rapport de quarante pages sur six pouces. On y relit, on y corrige, on y valide. Exactement ce que Gemini sait déjà faire sur mobile, mais en PDF seulement. Le jour où les autres formats s’ouvriront sur iOS et Android, l’éditeur de documents aura arrêté d’exister comme application. Il sera devenu une fonction.
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