Deux jours après s’être pris une veste aux midterms, OpenAI a publié son « National Community Compact ». Une charte de bonnes intentions volontaires pour faire avaler ses data centers aux voisins qui n’en veulent plus. Sauf que la charte s’arrête pile là où commencent les ennuis.
Le décor, d’abord. Les électeurs américains ont rejeté les data centers dans 40 des 41 mesures locales soumises au vote, selon CNBC repris par MIT Technology Review. Six villes ont voté leur interdiction pure et simple. Et au Texas, l’État qui concentre les plus gros chantiers d’IA du pays, les démocrates ont raflé le siège de sénateur (James Talarico), le poste de gouverneur (Gina Hinojosa) et la Chambre de l’État, une première en 24 ans. Le tout en plaçant les data centers au centre de la campagne. Je t’en parlais déjà début novembre : les midterms inquiétaient les marchés et les permis locaux freinaient les data centers. On est passés du pronostic à la facture.
La réponse d’OpenAI tient en deux documents : un « National Community Compact » et un « Policy Blueprint ». À l’intérieur, la boîte s’engage à ne plus exiger d’accords de confidentialité lors des négociations avec les élus locaux, à payer « l’intégralité » du coût de l’électricité qu’elle consomme et des infrastructures de réseau nécessaires, à brider sa consommation aux heures de pointe, et à publier ses plans de construction, ses études de bruit et ses données de consommation d’eau. Chaque futur « compute campus » (sa nouvelle appellation pour data center) aura droit à son « compact local ».
Des NDA, il en restera quand même un peu. OpenAI se réserve des « protections étroites » pour les informations de sécurité, les secrets industriels et les données commercialement sensibles, précise The Verge. Une porte entrouverte, pas une démolition. Amazon avait pris la même direction en octobre en cessant les accords de confidentialité avec les agences gouvernementales.
Le vrai trou est ailleurs. Ces engagements ne valent que pour les sites qu’OpenAI possède et exploite elle-même. Or une bonne partie de son infrastructure est construite et détenue par des partenaires, à commencer par Oracle. Pour ces campus-là, le pacte communautaire se lit comme une carte de vœux : aucune contrainte, aucun engagement, aucune signature.
Reste l’argument massue, les retombées économiques. Chris Lehane, le responsable politique d’OpenAI, a expliqué à Reuters que les sites ne seraient pas une boîte noire, puisque les mises à jour matérielles régulières créeraient des emplois permanents. Il promet 2 500 postes à l’Ohio. En Géorgie, OpenAI met en avant 4,8 millions de dollars pour les repas scolaires. Face aux plus de 30 milliards de dollars de projets prévus dans cet État, c’est un pourboire, et encore, un pourboire qu’on te rend en monnaie de singe.
Les électeurs de Géorgie et de l’Ohio n’ont d’ailleurs pas voté que pour des repas à la cantine : The Decoder note que les démocrates y ont aussi pris le gouvernorat, comme au Texas. Gina Hinojosa a déjà réclamé un moratoire immédiat sur les nouveaux sites. Le cabinet Data Center Watch comptait 45 projets représentant 88 milliards de dollars bloqués par l’opposition locale au deuxième trimestre 2026. Lehane reconnaît lui-même que des projets d’OpenAI pourraient prendre du retard. On est loin du simple problème de relations publiques.
Et il y a cette petite demande qui trahit tout le reste : OpenAI appelle les législateurs à rendre ces règles contraignantes pour l’ensemble de l’industrie. Quand une boîte réclame la loi contre elle-même, c’est qu’elle sait que son volontariat ne pèsera rien face à un concurrent qui ne promettra jamais rien. La transparence, en option, c’est juste du marketing avec un badge.
Wall Street a traduit le scrutin à sa façon. Les opérateurs spécialisés ont plongé : Hut 8 à -23 %, IREN à -11 %, Core Scientific à -10 %. Les géants ont monté : Microsoft +6,7 %, Amazon +6,1 %, Alphabet +3,2 %. La lecture de The Decoder : des permis plus lents, donc moins de capital injecté dans le béton, et un avantage pour ceux qui ont déjà des salles en service. Le marché ne récompense pas la sobriété, il récompense le stock existant.
Le plus gros perdant de la soirée s’appelle Elon Musk. Il a mis un montant record de 446 millions de dollars dans les campagnes républicaines, dont plus de 200 millions au Texas, et presque tous ses poulains ont perdu, rapporte Politico via The Decoder. SpaceX a cédé 3,9 %, Tesla 3,3 %. Sa réaction sur X tient en une phrase : « Les data centers dans l’espace, ça devient assez séduisant là, maintenant. »
Pendant ce temps, le Sénat doit voter le 9 novembre sur le BAAJA, un texte bipartisan censé accélérer les permis énergétiques (MIT Technology Review). Data centers ou pas, le réseau reste le goulot. Et la seule infrastructure qui ne croise encore aucun bulletin de vote s’appelle l’orbite basse.
Sources :
Comments are closed