Deux étudiants, la même idée, la même semaine. Tyler Moore (promo 2029) et Dylan Gordon (promo 2028) voulaient chacun monter un club d’IA à Bryant University. Plutôt que de se battre pour le même créneau, ils ont fusionné leurs deux embryons de club. La première réunion a eu lieu récemment, avec Ronald Washburn, enseignant en études juridiques, venu parler d’éthique de l’IA et de son usage en cours.
Le programme, tel que Moore le décrit, ne laisse pas de place au doute : « Ce ne sera pas un club où tu prends tes devoirs, tu les balances dans ChatGPT et tu espères que la réponse tombe juste. » À la place : structurer les prompts, ajouter sa propre valeur, ses connaissances, sa créativité. Ce n’est pas un théoricien qui parle. Moore gère déjà une activité d’applications mobiles et de sites, et il a construit un CRM pour une banque d’investissement.
Gordon a suivi un entraînement de modèles de langage chez Handshake AI cet été, puis monté des automatisations pour des PME. Sa première cliente, une famille de Duxbury, dans le Massachusetts, avec un portefeuille Airbnb et immobilier à faire tourner : publicité, maintenance, réservations. Les deux vendent de l’expérience, pas des slides.
La trouille, dite à voix haute
Gordon ne noie pas le poisson : « Beaucoup d’étudiants s’inquiètent de ce que l’IA va faire au marché du travail et de la place qu’ils vont y trouver. Notre objectif, c’est de leur donner de l’expérience pour qu’ils ne soient pas remplacés. »
Dans cette phrase, il n’y a aucune promesse de création d’emplois. Il y a une promesse d’entraînement. Le club ne protège de rien, il exerce. Nuance importante : un club étudiant donne des réflexes, pas un rapport de force face à un plan social. Pour ça, il faudra autre chose que des ateliers du mercredi.
Le menu reste classique : des intervenants d’entreprise, des ateliers pour monter son site ou son appli, des hackathons (Bryant en organise avec Bentley et Babson depuis avril), et un QG dans le Center for Applied Artificial Intelligence du campus, le mercredi à 15 h. Le conseiller du club n’est pas n’importe qui : c’est le provost Rupendra Paliwal, responsable académique de l’université. Quand le numéro deux de la fac parraine ton club, ce n’est plus une lubie de deux gamins.
Le designer dit la même chose, en plus poli
À l’autre bout du spectre, un contributeur du Impact Council de Fast Company publie sa version du problème : trois principes de design qui survivraient à toutes les révolutions techniques. L’itération, le retour extérieur, le recul nécessaire pour relier les points.
Sa phrase la plus utile concerne justement le premier jet. L’IA rend les itérations plus rapides et moins chères, mais elle n’en a pas supprimé le besoin, et « il est rare que la première sortie de l’IA soit parfaite, et quand c’est le cas, méfions-nous : elle est peut-être trop générique ». Même topo sur le feedback : l’IA n’est « qu’une source parmi d’autres », et il ne faut pas en faire la seule. Il cite James Dyson et ses 5 127 prototypes d’aspirateur, dont 5 126 ratés, puis Saint-Exupéry sur la perfection atteinte quand il n’y a plus rien à retirer.
Le rapprochement avec Bryant saute aux yeux. Les principes du designer et le discours des deux étudiants disent la même chose : la valeur n’est pas dans la sortie de la machine, elle est dans l’arbitrage de celui qui la relit. Sauf que le designer le formule avec des citations, et les étudiants avec des factures.
Et l’université dans tout ça ?
Le Financial Times a posé la question mardi dans un texte dont le titre est déjà un programme : « What does human inquiry even mean any more? » La ligne qui l’accompagne annonce que les universités et les autres institutions du savoir vont devoir être radicalement repensées à l’ère de l’IA. On n’en saura pas beaucoup plus, mais le constat suffit : l’endroit censé définir ce que veut dire chercher ne sait plus très bien où il habite.
Un club étudiant ne répond pas à ça. Il donne juste à des étudiants l’occasion de se salir les mains avant de rédiger un CV. C’est un début de réponse qui vient d’en bas, pas d’un plan stratégique validé en comité.
J’écrivais ici que le prompt parfait n’existe pas et que tout se joue dans la conversation ; je maintiens, à une condition : il faut quelqu’un en face pour mener la conversation. Un club, ça sert à ça, et ça n’a rien de glamour.
Quand le premier jet arrive gratuit, propre et disponible pour tout le monde, qui apprend encore à juger le deuxième ? Ni la tribune du Financial Times ni les trois principes de Fast Company ne tranchent.
Le club se réunit le mercredi à 15 h. La question du Financial Times, elle, n’a pas encore de créneau.
Sources :
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