Un PC ouvert sur l’établi, deux mains dans le boîtier, et un téléphone posé à côté en mode vocal. À l’autre bout du fil, ChatGPT. Ce que raconte le journaliste de ZDNet France dans un retour d’expérience publié le 18 octobre, c’est moins une histoire de panne résolue qu’une histoire de connerie évitée. Et c’est bien plus intéressant.
Le décor. Une tour montée en 2023 pour faire tourner Starfield (qui, on le rappelle, n’a pas fait honneur à la dépense). Depuis, la machine encaisse d’autres jeux, un peu de boulot, et puis un jour les plantages s’enchaînent, Windows Update refuse de passer, et au redémarrage un message lâche le mot qui pique : problème de mémoire vive.
Réflexe du bricoleur : ouvrir, vérifier que les deux barrettes de 16 Go sont bien enfoncées, relancer. Le Diagnostic de mémoire Windows fait son cirque, redémarre, et n’écrit aucun résultat dans l’Observateur d’événements. Passage à MemTest86 en version gratuite, lancé depuis une clé USB. Verdict immédiat : des erreurs, sur les deux barrettes. Les deux, en même temps. Bizarre. Paramétrage BIOS ? Carte mère ? Contrôleur mémoire du processeur ?
C’est là que le téléphone entre en jeu. Pas pour la science, pour l’ergonomie : le bonhomme a deux portables dans l’atelier, mais il ne veut pas faire l’ascenseur entre l’écran et l’intérieur de la tour. Il ouvre ChatGPT sur son mobile et appuie sur l’icône du micro.
La suite est un vrai protocole de dépannage. L’IA demande la marque et le modèle de la carte mère. Du Asus bien connu des overclockeurs. Elle oriente vers l’AI Tweaker pour vérifier que l’overclocking est bien désactivé, ce qui est le cas, la DDR4 tournant sagement à 2 133 MHz. Puis elle fait faire les deux классiques de la remise à zéro : chargement des paramètres par défaut optimisés depuis le BIOS, puis effacement électronique du CMOS via les broches CLRTC. MemTest86 relancé après chaque étape. Toujours des erreurs.
Arrive le moment qui justifie tout l’article. Le journaliste songe à reflasher le BIOS, un peu daté, en se disant que ça pourrait régler le bazar. Réponse de l’IA, catégorique : très mauvaise idée. Le raisonnement, qu’il dit ne pas pouvoir contredire, tient en une chaîne de causes : si la RAM est défectueuse et que le système d’exploitation est déjà corrompu, le flash risque d’écrire dans une zone mémoire normalement protégée. Et un flash BIOS raté sur une machine qui déconne déjà, ça ne se répare pas en appuyant sur un bouton.
Voilà la vraie contribution de l’assistant dans cette histoire : un « non » au bon moment. Pas la connaissance, qu’on trouve dans les manuels Asus et les forums depuis vingt ans. Le timing et la présence, oui.
Ensuite, l’outil sert de paire d’yeux. Une photo de l’écran du BIOS pour recaler la priorité de démarrage de MemTest86. Puis des photos des rapports d’erreur, barrette par barrette. Les deux échouent instantanément dans tous les slots, au même débit de transfert mais à des adresses différentes. Le diagnostic glisse vers les cœurs du processeur. Et le récit s’arrête là, en plein milieu. On ne saura pas la facture.
Maintenant, les réserves. Un type qui sait ce qu’est un clear CMOS, qui pense au CSM, au TPM et à ses clés de récupération, et qui refuse de désactiver le Bluetooth parce que c’est son clavier et sa souris, ce n’est pas monsieur tout-le-monde. C’est précisément grâce à ce niveau de connaissance qu’il a pu repérer les étapes risquées du mode d’emploi de l’IA. Un débutant aurait chargé les paramètres par défaut sans se poser de question et se serait retrouvé avec un démarrage cassé, voire un disque verrouillé. L’assistant propose une séquence ; il n’évalue pas ce que tu as à perdre. C’est toi qui sais.
Et puis, il y a le problème de fond du dépannage assisté. Un modèle qui répond vite et ferme sur des réglages BIOS, c’est exactement le terrain où une erreur coûte une carte mère. Ici, la réponse décisive était une mise en garde, et l’humain a validé le raisonnement avant d’agir. Ce deal-là, IA qui propose, humain qui dispose, c’est la seule version qui tienne debout dans un atelier.
Pendant ce temps, le même ChatGPT se vend ailleurs comme la machine à remplir tes Google Sheets, une question que se posait Le Big Data ce lundi. Le même produit te dépanne une carte mère et te promet la compta du mardi. Les deux promesses méritent exactement le même niveau de vérification, et l’une des deux finira par te coûter plus cher qu’un diagnostic RAM.
Le service le plus utile rendu par une IA cette semaine, dans cette histoire, ce n’est ni un calcul, ni un tableau, ni une ligne de code. C’est trois mots : ne le fais pas.
Sources :
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