Microsoft débranche le plus grand data centre d’IA du Royaume-Uni, le courant n’arrive pas avant les années 2030

Microsoft débranche le plus grand data centre d’IA du Royaume-Uni, le courant n’arrive pas avant les années 2030

Microsoft vient de larguer le plus grand data centre d’intelligence artificielle du Royaume-Uni. Pas pour un désaccord de stratégie, pas pour une querelle de gros sous. Non : parce que le courant n’arrive pas. Et pas dans six mois. Dans les années 2030, au mieux au milieu de la décennie. Le projet vitrine de la « souveraineté IA » de Keir Starmer se retrouve donc avec un terrain, 2 milliards de livres d’ambition, et plus un seul client publiquement annoncé.

Rappel des épisodes précédents, parce que l’histoire vaut le détour. Nscale, la boîte derrière le site de Loughton dans l’Essex, avait claironné en 2025 un investissement de 2 milliards de livres pour ouvrir « le plus grand data centre souverain d’IA du Royaume-Uni ». Le gouvernement britannique avait brandi le projet comme fer de lance de sa stratégie. Microsoft, lui, devait financer un supercalculateur sur place, et pas des moindres. Le mois dernier encore, la firme de Redmond annonçait que les 30 milliards de dollars qu’elle injecte au Royaume-Uni serviraient en partie à ce supercalculateur de Loughton. Ambiance confiante, photos de pelle, communiqués triomphants.

Puis le Telegraph a sorti l’info dimanche, et la BBC comme le Guardian l’ont confirmée dans la foulée : Microsoft a résilié son engagement. Une porte-parole de Nscale assure que le partenariat « reste solide à long terme » et que les deux boîtes continuent de bosser ensemble en Norvège, au Portugal et aux États-Unis. Microsoft, lui, ne veut pas commenter. On comprend : il n’y a pas grand-chose à ajouter quand on se retire du vaisseau amiral d’un pays qui vantait ta venue.

Le vrai coupable s’appelle le réseau

Le nœud du problème n’a rien de glamour : c’est le jus. UK Power Networks, qui gère et entretient la grille électrique de Londres et du sud-est de l’Angleterre, a prévenu Nscale qu’il ne pourrait pas fournir assez de puissance au site de Loughton avant le début ou le milieu des années 2030. Le data centre devait recevoir son alimentation à la fin de cette année. Il attendra donc un bon moment, le temps que les mômes nés aujourd’hui apprennent à lire.

Nscale jure rester « engagé » sur Loughton et sur le Royaume-Uni, explore des sources d’énergie alternatives sur site et cherche à accélérer le raccordement. Bon courage. On parle d’un pays où le débat sur les data centres se résume souvent à « on les met où » et « qui paie le réseau », deux questions qu’on repousse depuis qu’on a découvert qu’on pouvait entraîner des modèles à l’étranger et facturer la valeur ajoutée chez soi. Le résultat, c’est que les hallucinés de la souveraineté se cognent au même mur que tout le monde : les électrons, ça ne se décrète pas.

Et comme une tuile ne vient jamais seule, le Guardian rappelle qu’en mars, une de ses enquêtes avait révélé que le site de Loughton était… un dépôt d’échafaudages encore en activité. La pelleteuse a depuis nettoyé le terrain. Reste que le calendrier d’ouverture annoncé (« l’année prochaine ») tenait déjà de l’optimisme sportif avant même qu’on parle du courant.

Un IPO à 35 milliards et zéro client

Le vrai sujet, c’est Nscale. La société se présente comme le fournisseur « souverain » de data centres du Royaume-Uni, adossée à Nvidia, et compte s’introduire en Bourse à Wall Street cette année sur une valorisation potentielle de 35 milliards de dollars. Au conseil, rien de moins que Nick Clegg (0,25 % du capital, qui pourrait valoir 88 millions si la boîte flotte à cette hauteur) et Sheryl Sandberg. Deux noms qui sentent bon l’opération de comm et le carnet d’adresses.

Sauf qu’un vaisseau amiral sans client de référence, ça pose un léger problème de récit. Microsoft était le seul client publiquement annoncé du site de Loughton. Il vient de partir. Nscale promet 250 emplois permanents quand le site ouvrira. Ouvre quand, exactement, déjà ? On en parlait il y a quelques jours à propos de la dette des data centers : les neoclouds, ces boîtes étroitement liées à Nvidia qui construisent l’infrastructure de l’IA, empilent du levier financier sur des promesses de revenus. Si l’IPO de Nscale glisse à New York, les mêmes failles deviennent des gouffres. Le Guardian dit d’ailleurs entendre de plus en plus de voix qui désignent ces neoclouds comme une fragilité du système, surtout quand les retards s’accumulent chez les partenaires. Retards, tiens donc.

Le gouvernement britannique, lui, continue de parader avec ses deux champions adossés à Nvidia, Nscale et l’américain CoreWeave. On avait déjà raconté comment la boucle Nvidia tournait sur elle-même : la puce vend, le fric prêté, la machine rachetée. Ici, la boucle se prend les pieds dans le prolongateur électrique.

Alors oui, le Royaume-Uni reste une terre d’accueil pour l’IA, ses chiffres de croissance le confirment et le chantage au « superpower » technologique continue de faire recette. Mais un data centre sans courant, sans client et avec une introduction en Bourse à 35 milliards sur les bras, ça ressemble furieusement à un décor de cinéma. On attend le jour où quelqu’un pensera à brancher la prise. Au rythme actuel, ce sera une chute mémorable.


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