Tim Cook lâche les rênes. En septembre, il passe le flambeau à John Ternus, son SVP hardware, et devient chairman. Ça sent la fin d’une ère, et le début d’une pression monumentale pour le nouveau patron.
Parce que le dossier brûlant que Cook laisse sur le bureau, c’est l’IA. Apple Intelligence, lancée en grande pompe en 2024, était un bide. Sous-équipée, mal finie, elle n’a jamais tenu ses promesses. Pendant ce temps, le monde a basculé : les agents IA comme Claude Code ou OpenClaw avancent vite, les gens commencent à parler à leurs machines plutôt que de taper sur des apps. Et Apple, le roi de l’expérience utilisateur, regarde le train passer.
Le problème est existentiel.
D’ici 2028-2029, se pourrait bien qu’on ne swipe plus sur un iPhone pour commander un Uber ou un Lovevery. On dira « rentre-moi » à son agent, et le tour sera joué. Le mantra « There’s an app for that » pourrait devenir « Let the agent do that ». Si Apple rate ce virage, c’est tout l’écosystème iPhone qui vacille. Pas de pression, John.
Ternus, l’homme discret.
C’est le point qui intrigue : on ne sait pas trop ce qu’il vaut. Il a passé sa carrière dans l’ombre des produits, à gérer le hardware sans faire de vagues. On le dit méthodique comme Cook, pas visionary comme Jobs. Mais c’est peut-être un biais de perception : à force d’être discret, on ne lui a jamais demandé d’être visionnaire. Une fois CEO, il faudra bien.
Quand je l’ai interviewé récemment avec Greg Joswiak, il a dit exactement ce qu’il fallait : « L’IA est un immense point d’inflexion, mais on ne pense pas en technologies, on pense en produits. » En clair : Apple va faire du Apple. Pas un truc geek, un truc qui marche sans que t’aies à comprendre comment.
Mais le problème, c’est que ça peut aussi vouloir dire qu’ils arrivent trop tard, avec un produit trop timide. Comme Apple Intelligence. Même un iPhone qui dure 50 ans (dixit Joswiak) ne suffira pas si personne ne lui parle plus.
Un indice dans la nomination de Johny Srouji.
Le même jour, Apple annonce que le génie des puces maison, Johny Srouji, prend la tête du hardware engineering. Srouji, c’est le type qui a mis Apple sur orbite avec ses puces ARM custom, les M1, M2, et compagnie. Il a un statut de rockstar en interne, quasi au niveau de Jony Ive en son temps.
C’est un signal parce que Srouji, c’est le gars qui rend possible ce qui semble impossible au niveau silicon. Si quelqu’un peut concevoir un nouveau chip ultra-spécialisé pour de l’IA local (sans cloud), c’est lui. Et si Ternus veut son « iPhone de l’IA », il va en avoir besoin.
Ce qu’il doit faire.
Un produit qui met la puissance de l’IA entre toutes les mains. Pas un énième assistant qui fait des blagues. Un truc qui te change la vie sans que tu aies à apprendre un nouveau langage. Qui automatise tes tâches, qui te devance, qui ne te fait pas peur. En somme, un produit aussi évident que l’iPhone en 2007.
Et il doit le faire vite. Parce que Jony Ive, lui, bosse déjà avec OpenAI sur un device. Google et Samsung avancent. Meta aussi. Apple n’a plus le luxe de prendre son temps.
John Ternus n’est pas visionnaire, il est pragmatique. Mais parfois, les pragmatiques sauvent les boîtes. Apple a besoin de lui pour éviter le crash tout en gardant son âme. Il sera jugé sur sa capacité à livrer ce produit dans les deux ans. Si c’est un flop, l’histoire retiendra que le successeur de Cook a perdu la guerre de l’IA. Si ça marche, il aura fait pour l’IA ce que Jobs a fait pour le téléphone. Pas de pression.
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