Epic laisse Claude écrire son jeu Disney, le retard s’invite quand même

T’as déjà vu le chef de chantier annoncer qu’il passe à la bétonnière connectée pour aller plus vite, alors que la baraque est déjà en retard et que la moitié des maçons se sont fait virer six mois plus tôt ? Bienvenue chez Epic Games.

Le studio de Fortnite a confirmé un virage à 180 degrés sur son prochain gros morceau. Il s’agit d’un jeu de tir censé réunir les personnages Marvel et Star Wars, fruit d’un partenariat avec Disney, entré au capital à hauteur de 1,5 milliard de dollars en 2024. Prévu pour mars 2027, le titre n’a tout simplement plus de date de sortie. Et la réponse d’Epic au retard a de quoi faire tousser : confier l’écriture du code et la fabrication des visuels à l’IA.

Selon Bloomberg, les développeurs ont reçu une consigne limpide. Un directeur du projet aurait écrit à ses équipes : « no more hand-written code ». Plus une ligne tapée à la main. Pour l’art, la directive est du même tonneau, tout serait « generated with full AI workflows ». L’outil cité pour le code, c’est Claude, le modèle d’Anthropic. Le porte-parole Jake Jones a confirmé la ligne maison d’une formule bien propre sur elle : Epic « embrasse le développement accéléré par l’IA ».

Sweeney assume, et il parle vrai

Sur X, le patron Tim Sweeney a déroulé son argumentaire. « Nous avons un énorme pivot en cours ici chez Epic », a-t-il écrit, les développeurs étant réorganisés pour une « accélération maximale de l’IA ». Et la phrase à retenir : l’objectif n’est pas de « faire les mêmes choses avec moins de personnes, mais de permettre à tout le monde ici de construire PLUS et MIEUX de choses ».

Sauf que six mois plus tôt, Epic a justement supprimé plus d’un millier de postes. À l’époque, Sweeney avait attribué la saignée à une baisse d’engagement sur Fortnite, précisant que les licenciements n’étaient « pas liés à l’IA ». On veut bien le croire. Mais quand un patron qui vient de trancher dans les effectifs explique ensuite que l’IA ne sert pas à faire pareil avec moins de monde, on a le droit de lever un sourcil.

L’aveu qui compte

Le détail qui retient l’attention n’est pas la méthode, c’est le vocabulaire. Interrogé sur les réseaux sur une éventuelle entrée en bourse facilitée par cette bascule, Sweeney a lâché ceci : « Notre objectif plus modeste est de survivre à la révolution de l’IA. » Survivre. Pas gagner, pas inventer, survivre. Voilà comment l’un des éditeurs les plus puissants du secteur résume sa propre transition.

Ce n’est pas un premier écart de langage. En juin dernier, il expliquait à IGN que de petites équipes pourraient bientôt bâtir de vastes mondes peuplés de personnages aux dialogues générés. En novembre 2025, il s’en prenait aux mentions d’usage de l’IA que Steam impose sur ses fiches, les jugeant inutiles puisque, selon lui, ces outils interviendront dans presque toutes les productions. Cette fois, on monte d’un cran : toujours selon Bloomberg, il s’agirait de la première tentative d’un grand éditeur de fonder un jeu principalement sur l’IA. Le labo grandeur réelle.

Une industrie qui n’en veut pas

Le souci, c’est que le terrain n’est pas franchement accueillant. L’enquête annuelle de la Game Developers Conference, menée début 2026 auprès de plus de 2 300 professionnels, donne le tournis : 52 % des sondés estiment que l’IA générative a un impact négatif sur l’industrie. Ils étaient 30 % en 2025, 18 % en 2024. La marche est brutale.

Les métiers les plus exposés sont aussi les plus remontés : 64 % des pros des arts visuels et techniques voient ça d’un mauvais œil, 63 % du côté du game design et du narratif, 59 % chez les programmeurs. Et pourtant, 36 % utilisent déjà l’IA générative dans leur travail, surtout pour la recherche et la réflexion en amont.

Dans les couloirs d’Epic, l’ambiance n’est pas à la fête non plus. Bloomberg évoque des plaisanteries sarcastiques et, plus sérieusement, des doutes sur les bénéfices réels de l’initiative, erreurs de l’IA obligent. Comme on le disait à propos du mod Skyrim codé par un agent, la vraie question n’est jamais de générer du code, c’est de le relire.

Le précédent ne plaide pas pour eux. En mai 2025, un Dark Vador à la voix synthétique avait proféré des grossièretés dans Fortnite avant qu’un correctif ne débarque. Et en 2025, le syndicat d’acteurs SAG-AFTRA avait déposé une plainte sur l’usage de l’IA pour recréer la voix du même Vador.

Sur X, Sweeney a répondu à un critique qui lui reprochait de ne pas lire la pièce : « une bonne partie de la pièce veut qu’on soit en 2016, mais nous n’y sommes pas. » Pas faux. Reste à voir si 2026 ressemble au futur qu’il promet, ou au mur vers lequel le studio accélère.

Parce qu’en attendant, le jeu n’a toujours pas de date. L’IA est censée lui en donner une. Pour l’instant, tout ce qu’elle a fait, c’est le mettre en retard.


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