Glean se rêve en maître invisible de l’IA d’entreprise

L’IA d’entreprise, c’est passé du stade du chatbot qui te répond comme un stagiaire zélé à celui de l’agent qui bosse à ta place. Cool. Mais qui va contrôler l’infrastructure qui fait tourner tout ce bordel ? Glean, un vétéran de la recherche en entreprise, lève la main en criant « moi, moi ! ». Leur nouveau pitch : devenir l’assistant IA qui se niche sous toutes les autres applications, comme une couche de fond invisible mais omniprésente.

Arvind Jain, le CEO, explique la vision : Glean n’est plus juste un moteur de recherche pour retrouver le rapport trimestriel perdu dans les méandres de SharePoint. C’est censé être le cerveau connecté à toutes tes données d’entreprise, capable de répondre aux questions, d’exécuter des tâches, et surtout, d’être intégré sous le capot de toutes les autres apps IA que ta boîte utilise. En gros, ils veulent être le Windows de l’IA corporate : personne ne le voit, mais tout tourne grâce à lui.

Sur le papier, c’est séduisant. Une couche unique qui évite les doublons, standardise les accès, et surtout, centralise le contrôle. Mais il faut se poser deux secondes. Glean, c’est une boîte qui a levé 200 millions de dollars en 2024, valorisée à plus de 2 milliards. Leur business model, c’est de vendre des licences aux entreprises. Donc leur rêve de « couche universelle », c’est aussi un rêve de lock-in monumental. Une fois que t’as tout branché sur Glean, tu changes comment ?

Et puis, cette histoire de « couche invisible », on l’a déjà entendue. C’était le rêve de tous les middleware des années 2000, et au final, c’est souvent devenu un cauchemar d’intégration et de maintenance. L’IA ajoute une couche de complexité monstrueuse : la gestion des prompts, la cohérence des réponses, la sécurité des données… Glean promet de tout gérer, mais leur tech vient de la recherche, pas de l’orchestration d’agents autonomes. C’est comme si ton garagiste se reconvertissait en pilote de F1 parce qu’il sait changer une roue.

Le vrai combat, il est pas technique, il est politique. Dans ta boîte, qui va accepter que le service informatique impose Glean comme socle unique ? Les équipes produit qui préfèrent leurs outils maison, les marketeux qui veulent rester sur leurs applis cloud, les devs qui trouvent que l’API est pourrie… Glean va devoir convaincre tout le monde, et pas juste avec des slides PowerPoint.

Et il ne faut pas oublier les gros acteurs. Microsoft a déjà Copilot intégré à toute la suite Office. Google bosse sur Duet AI. Salesforce a Einstein. Ces géants ont l’avantage d’être déjà dans les tuyaux. Glean doit se battre pour se glisser entre eux, et ça sent la guerre de tranchées.

Alors, est-ce que Glean peut réussir ? Peut-être. Leur focus sur la recherche leur donne une longueur d’avance sur la compréhension des données internes. Mais transformer ça en plateforme universelle, c’est un autre niveau. Et leur CEO qui vend du rêve en interview, ça fait penser à tous ces gourous qui promettaient la « plateforme unique » il y a dix ans. La plupart ont fini en acquisition à prix bradé ou en faillite.

L’IA d’entreprise a besoin de standardisation, c’est sûr. Mais est-ce qu’une startup, même bien financée, peut imposer son standard face aux Microsoft et Google ? Et est-ce qu’on veut vraiment une couche unique contrôlée par un seul acteur ? Parce que le jour où ça plante, c’est toute ta boîte qui est à l’arrêt. Et le jour où ils décident de tripler les tarifs, tu fais quoi ?

Glean a le mérite de poser la bonne question : qui va posséder l’IA dans ton entreprise ? Mais leur réponse, « c’est nous », ressemble plus à un vœu pieux qu’à une stratégie gagnante. Dans un an, on reparle de qui a vraiment capturé le marché. Je parie sur le chaos et la fragmentation, comme d’habitude.


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