On savait OpenAI gourmand en compute et en levées de fonds. Maintenant, la boîte de Sam Altman se découvre un nouvel appétit : les médias. OpenAI vient d’acheter TBPN, le talk-show en ligne qui passe son temps à interviewer des dirigeants du secteur tech, dont… Sam Altman lui-même. Quand on sait que l’IA générative adore s’autoréférencer.
Le deal qui sent la propagande maison
TBPN, c’est ce programme diffusé en direct tous les jours de la semaine, souvent pendant trois heures d’affilée, qui se rêve en concurrent de Bloomberg et CNBC. Leur casting d’invités ? Un who’s who du monde de l’IA et de la tech : Altman, bien sûr, mais aussi des cadres de Meta, Microsoft, Palantir… Bref, le genre d’émission où tout le monde se connaît, s’appelle par son prénom, et évite soigneusement les questions qui fâchent.
Et maintenant, ce média « indépendant » appartient à l’une des entreprises qu’il interviewait le plus souvent. Coïncidence ? Sur son blog, OpenAI explique l’acquisition par des motifs tellement nobles qu’on en aurait presque les larmes aux yeux : « accélérer les conversations globales autour de l’IA » et « soutenir les médias indépendants ». Traduction : contrôler le narratif, encadrer le débat, et s’assurer que la prochaine fois qu’un journaliste pose une question embarrassante sur les pertes trimestrielles ou les risques de sécurité, il sera gentiment prié de se taire.
Le safety-washing médiatique
C’est la nouvelle mode chez les géants de l’IA : le safety-washing. Anthropic le fait avec des papiers académiques, OpenAI le fait avec des acquisitions médiatiques. Le principe est le même : créer l’illusion du débat, de la transparence, de l’ouverture, tout en verrouillant soigneusement les conditions du dialogue. « Regardez, on soutient la presse ! » Oui, une presse qui vous appartient. C’est comme si McDonald’s achetait un magazine de nutrition.
Sam Altman, le roi de la dissonance cognitive, frappe encore. L’homme qui passe son temps à nous avertir des risques existentiels de l’IA tout en poussant pour une accélération frénétique vient de s’offrir une tribune quotidienne pour répéter son message. Plus besoin de passer par des journalistes récalcitrants qui osent demander « Pourquoi vous perdez 12 milliards par trimestre alors que vous parlez de sauver l’humanité ? »
La fin de l’indépendance (si elle a jamais existé)
Le plus drôle dans cette histoire, c’est que TBPN se présentait déjà comme un média proche des puissants. Leurs interviews ressemblaient souvent à des conversations entre potes qui se congratulent mutuellement. Maintenant, c’est officiel : c’est de la com’ interne déguisée en journalisme. Le prochain épisode sera-t-il produit par le département « Responsible AI » d’OpenAI ? Le générique mentionnera-t-il « Sponsorisé par vos pertes trimestrielles de 12 milliards » ?
Reste à voir ce que deviendront les quelques rares moments où TBPN laissait la parole à des critiques du secteur. Vont-ils être gentiment écartés du plateau ? Les questions vont-elles être pré-approuvées par le legal d’OpenAI ? L’émission va-t-elle devenir une longue publicité pour ChatGPT Enterprise ?
Ce qui est clair, quand une entreprise aussi opaque qu’OpenAI achète un média qui la couvrait, ce n’est jamais pour encourager le journalisme d’investigation. C’est pour contrôler le récit, formater le débat, et s’assurer que la seule version de l’histoire qui circule, c’est la leur.
Et le pire, c’est que ça va probablement marcher. Parce que dans un monde où l’info se consume à la vitesse d’un tweet, qui va prendre le temps de vérifier qui possède quoi ?
Sources :
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