Mark Zuckerberg a décidé de s’attaquer au logiciel le plus compliqué du monde : la cellule. Pour ça, il a réuni la fine fleur de la tech, un peu de thunes publiques et beaucoup de promesses. Livraison du premier vrai livrable : pas tout de suite.
Le montage s’appelle Biohub, une organisation de recherche à but non lucratif fondée par Zuck et sa femme Priscilla Chan. Elle coordonne une initiative à 1,8 milliard de dollars pour entraîner des modèles IA capables de prédire le comportement des cellules, rapporte Reuters. Autour de la table, on retrouve les ennemis jurés de tous les autres jours de la semaine, à savoir Meta, Google DeepMind et Isomorphic Labs, le bras de découverte de médicaments de DeepMind. Ajoute le département de l’Énergie américain, qui apporte sa part de calcul et de données, et tu obtiens un casting improbable qui se tient par la main.
Chacun met au pot. Les trois acteurs tech aligneraient environ 300 millions, le reste de l’enveloppe complétant l’addition. Le but affiché : une « cellule virtuelle » que les chercheurs pourraient utiliser pour combattre les maladies.
Le hic, c’est le calendrier. Le premier livrable annoncé n’est pas une cellule fonctionnelle, ni un modèle qui prédit quoi que ce soit d’utile. C’est un jeu de données. Prêt dans environ un an.
Tu as bien lu. Douze mois pour accoucher d’une base de données, dans un projet à 1,8 milliard. On a connu des retours sur investissement plus excitants.
Le terme de « cellule virtuelle » mériterait une définition que personne ne se presse de donner. Entre la simulation façon jumeau numérique, le modèle prédictif purement statistique et le fantasme de tout comprendre, le flou règne. C’est pratique, un flou. Ça ne se rate jamais.
Le fond du problème, c’est que la cellule est une saloperie de complexité. Des milliers de gènes, des protéines qui s’interpellent dans tous les sens, du bruit stochastique, de l’émergence à la pelle. Prédire le comportement d’une cellule, ce n’est pas prédire le mot suivant d’une phrase. C’est deviner l’état futur d’un système que la biologie essaie de décortiquer depuis un siècle sans y arriver complètement.
Compare avec AlphaFold. Un vrai succès, mais sur un problème bien délimité : la structure d’une protéine, une fois pliée. La cellule, c’est ça multiplié par mille, avec tout le monde qui se parle en même temps. Le labo a beau empiler les GPU, le vivant n’a pas signé pour devenir un simple problème d’optimisation.
On te parlait récemment du criblage anticancéreux que Microsoft jurait boucler en un week-end, le papier se faisant toujours attendre. Même recette ici : de la com’ bien léchée, des partenaires prestigieux et un livrable repoussé à plus tard. La bio à l’IA a tout du nouveau métavers, sauf qu’au moins le métavers ne prétendait pas te soigner.
Il y a aussi un détail rigolo dans le montage. Meta et Google, qui se tirent dans les pattes sur tous les fronts possibles (modèles, lunettes connectées, cloud), se retrouvent copains de table pour financer une base de données. Isomorphic Labs, lui, appartient à la famille Alphabet via DeepMind, donc le compter comme un acteur indépendant relève de la comptabilité créative. Trois investisseurs sur la photo, deux maisons.
Et puis il y a l’emballage. Zuckerberg range tout ça sous la bannière philanthropique du Chan Zuckerberg Initiative, avec la promesse de soigner toutes les maladies d’ici la fin du siècle. Une ambition qu’on entend depuis 2016. Le calendrier se rapproche : il reste environ soixante-quatorze ans pour tenir parole. On lui souhaite bien du courage, parce qu’entre l’annonce et la réalité, il y a un océan de biologie que personne n’a encore traversé.
La cellule t’exploite depuis la nuit des temps et ne compte pas s’arrêter parce que Mark a sorti le carnet de chèques. Un jeu de données dans un an, c’est un début. Mais un milliard huit, pour l’instant, ça achète surtout de la diapositive.
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