Eh ben voilà. Le safety-washing d’Anthropic a fini par se retourner contre eux. Après des années à jouer les Cassandre de l’IA, à publier des essais de 20 000 mots sur les risques existentiels, à lever 35 milliards en promettant de sauver l’humanité… le gouvernement américain a pris leurs avertissements au sérieux. Et maintenant, Fable 5 et Mythos 5 sont interdits aux étrangers.
Vendredi soir, l’administration Trump a signé une directive qui ordonne à Anthropic de couper immédiatement l’accès à ses deux modèles les plus récents pour toute personne n’étant pas citoyen américain ou résident permanent. Motif invoqué : « sécurité nationale ». En clair, Washington a peur que des puissances étrangères utilisent ces IA pour du hacking, de la cyberguerre, ou pire.
Anthropic, pris à son propre piège, a obtempéré — en grinçant des dents. Dans un blog post, la boîte exprime sa frustration : « Nous ne sommes pas d’accord avec le fait qu’un jailbreak potentiel étroit justifie le retrait d’un modèle commercial déployé auprès de centaines de millions de personnes. » Traduction : « Vous nous avez demandé d’être responsables, maintenant vous nous punissez de l’être. »
Cerise sur le gâteau : Fable 5 venait tout juste d’être lancé cette semaine. Mythos 5, le modèle ultra-premium, suivait de près. Résultat : des centaines de millions d’utilisateurs à l’étranger — Europe, Asie, Afrique, Amérique latine — se retrouvent exclus du jour au lendemain.
C’est un tournant. Jusqu’ici, la régulation américaine de l’IA était un champ de mines diplomatique : des discussions, des rapports, des promesses. Là, c’est une action concrète, brutale, sans précédent. On ne parle plus de « guidelines » ou de « frameworks », on parle d’une interdiction pure et simple basée sur la nationalité.
Et le timing n’est pas anodin. L’administration Trump a multiplié les signaux d’une main de fer sur l’IA ces dernières semaines : nationalisation d’OpenAI, restrictions sur les datacenters, pression sur les exportations de puces. Maintenant, c’est au tour des modèles eux-mêmes d’être mis sous cloche.
Les naïfs y verront une bonne nouvelle : enfin une régulation qui tape fort. Les lucides y verront un précédent glissant. Si le gouvernement peut décider qui a le droit d’utiliser une IA, qu’est-ce qui l’empêche de décider qui a le droit de penser ? Et pendant ce temps, la Chine continue de développer ses propres modèles sans se soucier de ce genre de contraintes.
Anthropic, de son côté, se retrouve dans une position absurde : leur produit le plus vendu devient soudainement inaccessible à une partie de leur marché. La faute à qui ? À leur propre discours alarmiste, peut-être. À un gouvernement qui prend les menaces au sérieux, sans doute. À une époque où l’IA est devenue une arme géopolitique, certainement.
Moralité : faites attention à ce que vous souhaitez. Anthropic voulait qu’on prenne la sécurité de l’IA au sérieux. Bah voilà, c’est fait.
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