Elle a botoxé son CV pour l’IA et le recrutement devient une conversation entre machines

On a tous déjà passé un CV à la moulinette d’un algorithme de recrutement. Si on est une femme qui revient sur le marché du travail, on a peut-être eu envie de lui mettre un coup de botox. C’est pas une métaphore : des candidates racontent qu’elles doivent « botoxer » leur CV pour passer les filtres. Pendant ce temps, le recrutement devient une conversation entre machines, et pas du genre poli.

La BBC s’est penchée sur la question avec un titre qui claque : « I’ve had to Botox my CV ». Derrière cette formule choc, une réalité moins glamour : les outils de recrutement IA auraient tendance à désavantager les femmes qui tentent de revenir dans le monde du travail. Les fameux trous dans le CV, les pauses carrière, les expériences non linéaires, tout ça, l’algorithme n’en veut pas. Et comme les femmes sont les premières à faire des pauses, elles trinquent.

De son côté, Maddyness observe un autre phénomène : le recrutement est en train de devenir une conversation entre machines. Le CV est généré par IA, puis trié par IA, puis lu par une autre IA. L’humain, lui, regarde ses statistiques ATS en se demandant pourquoi personne ne trouve de talent.

Quand les deux phénomènes se rencontrent, ça donne un drôle de ballet. Des candidates qui optimisent leur CV pour tromper les robots en gommant les périodes d’absence, et des employeurs qui délèguent le tri à des modèles pas toujours neutres. On savait déjà que les algorithmes de recrutement pouvaient reproduire les biais humains : Amazon avait dû jeter son outil en 2018 parce qu’il pénalisait les CV féminins. Rien de neuf sous le soleil, sauf que ça s’accélère et que les femmes qui reviennent après une pause se retrouvent à faire du yoga facial sur leur parcours pour coller à la norme.

Le plus drôle (ou le plus triste), c’est que les outils de génération de CV IA ne font qu’empiler les couches. On génère un CV avec une IA pour qu’il passe un filtre IA, et pendant ce temps, un recruteur utilise une IA pour vérifier que le CV n’a pas été généré par une IA. On parle d’une conversation constructive.

Alors oui, on peut botoxer son CV, gonfler les mots-clés, faire dire à l’algorithme qu’on est exactement ce qu’il cherche. Mais si la machine qui recrute est une machine, et que la machine qui rédige est une machine, un jour, il faudra peut-être se demander à qui on parle vraiment. En attendant, les femmes, elles, n’ont pas fini de passer sous le bistouri.


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