T’as vu passer les annonces sur les « emplois créés par l’IA » ? Le genre de truc qui fait sourire les RH et suer les livreurs Deliveroo. C’est marrant, parce qu’en ce moment même, le Financial Times pose une question bien plus intéressante : l’IA va-t-elle foutre en l’air les dernières chances des non-diplômés de grimper l’échelle sociale ? Et la réponse est oui, et c’est déjà en cours.
Prends les « rôles passerelles », ces jobs d’entrée dans le monde du col blanc : assistant administratif, service client niveau 1, saisie de données. Autrefois, c’était le ticket d’entrée pour un gamin sorti du lycée sans master. Aujourd’hui, un bot ChatGPT ou un agent automatisé fait le boulot pour moins cher, sans pause café et sans se plaindre du boss. Le FT pointe que ces postes sont particulièrement exposés à la disruption. En clair, ils vont disparaître plus vite qu’un donut dans un open space. Résultat ? Les non-gradués se retrouvent coincés entre les boulots manuels sous-payés et une IA qui bouffe leurs opportunités d’ascension. L’ascenseur social, lui, est en maintenance indéfinie.
Pendant ce temps, sur Hacker News, un thread sur les « emplois créés par l’IA » fait un bide total : 3 points, 1 commentaire. Ça en dit long sur l’enthousiasme du secteur. Les seuls jobs que l’IA crée vraiment, c’est pour les ingénieurs en prompt, les éthiciens décoratifs et les marketeux qui vendent du rêve. Des postes qui demandent un diplôme, de l’expertise, et souvent un réseau déjà solide. Pour le gars qui bosse à l’usine ou la femme qui tient la caisse, ces « opportunités » sont aussi accessibles qu’une villa à Saint-Tropez.
La dissonance est totale. Sam Altman et ses copains nous serinent que l’IA va « libérer le potentiel humain ». Pendant ce temps, leur technologie concrète remplace d’abord les tâches les plus simples, celles qui permettaient justement aux moins qualifiés de se former et de progresser. Autant promettre une autoroute à tout le monde, puis construire un péage réservé aux BMW. Les non-gradués, eux, restent sur la nationale, avec les nids-de-poule et les radars.
Et ne me sors pas l’argument du « upskilling ». Oui, en théorie, tout le monde peut apprendre à coder ou à manipuler des modèles. En pratique, entre deux shifts de 10 heures et des factures à payer, t’as pas le temps ni les sous pour te payer une formation Le Wagon. L’IA accélère, mais la mobilité sociale, elle, ralentit. Le résultat ? Une société encore plus fracturée, où ton diplôme (ou son absence) détermine si tu profites de la révolution ou si tu la subis.
Donc, quand tu verras un communiqué sur les « millions d’emplois créés par l’IA », pose-toi la vraie question : pour qui ? Parce que pour l’instant, ça ressemble surtout à un jeu de chaises musicales où les chaises sont réservées aux gens qui ont déjà une place assise.
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