Alors que le conflit au Moyen-Orient s’enlise, l’Iran a trouvé une nouvelle recrue pour sa guerre de l’information : l’IA. Des images de soldats générées par des modèles comme Midjourney ou Stable Diffusion pullulent sur les réseaux sociaux, cumulant des dizaines de millions de vues. Et le plus drôle ? Des médias sérieux comme l’allemand Der Spiegel se sont fait avoir en les intégrant à leurs articles. On touche le fond du cringe journalistique.
Ça commence sur X (ex-Twitter), TikTok et Telegram. Des comptes pro-iraniens postent des photos hyperréalistes de soldats au combat, souvent en tenue militaire, avec des slogans anti-israéliens ou pro-Hamas. Le truc, c’est qu’ils n’existent pas. Ces gars-là sont sortis tout droit d’un prompt bien ficelé. Les doigts trop longs, les armes difformes, les visages qui se répètent – les classiques de l’IA générative. Mais sur un fil défilant à toute vitesse, personne ne prend le temps de zoomer. Résultat : des millions de vues, des partages en masse, et une narration qui s’installe.
Et là, où ça devient rigolo, c’est que Der Spiegel, un mastodonte de la presse allemande, a repompé certaines de ces images pour illustrer sa couverture sur l’Iran. Ils les ont retirées depuis, après que The Decoder a pointé du doigt leur origine douteuse. Mais le mal est fait. Un média qui se veut rigoureux s’est fait berner par de la propagande low-cost générée par une IA. Tu imagines la scène ? Un rédacteur en chef qui se tape la tête sur son bureau en réalisant qu’il a publié des soldats fantômes. C’est le niveau zéro de la vérification d’image.
L’Iran n’est pas le premier à jouer à ce jeu – la Russie l’a fait avec des deepfakes pendant la guerre en Ukraine, et des acteurs chinois utilisent l’IA pour inonder Taïwan de désinfo. Mais là, la méthode est crasse de simplicité : pas besoin de développeurs surpayés, juste un abonnement à Midjourney et un peu de patience. Les réseaux sociaux, avec leurs algorithmes qui privilégient l’engagement, font le reste. Et les médias traditionnels, pressés par le temps et la concurrence, tombent dans le panneau.
Le pire dans cette histoire, c’est que ça marche. Ces images, même grossières, façonnent la perception du conflit. Elles renforcent les récits pro-iraniens, mobilisent les soutiens, et noient le paysage informationnel sous un flot de contenu bidon. Et pendant ce temps, les plateformes sociales regardent ailleurs. Meta, X, TikTok – tous ont des politiques contre la désinformation, mais face à des millions de posts quotidiens, leurs modérateurs (humains ou IA) sont dépassés. L’IA qui combat l’IA, c’est un peu comme un chien qui court après sa queue.
Der Spiegel s’est excusé et a retiré les images. Bien joué. Mais le vrai problème reste entier : comment vérifier l’origine d’une image quand n’importe qui peut en générer des milliers en quelques clics ? Les outils de détection existent, mais ils sont loin d’être infaillibles. Et dans la course à l’audience, beaucoup de rédactions préfèrent prendre le risque plutôt que de rater un sujet chaud.
La leçon ? L’IA n’est pas qu’un outil pour écrire des mails ou générer du code. C’est une arme de propagande massive, accessible à tous. Et si un média comme Der Spiegel peut se faire avoir, imagine ce que ça donne sur ton fil TikTok. La prochaine fois que tu vois une photo choc d’un conflit, prends deux secondes pour vérifier. Parce que derrière ce soldat héroïque, il y a peut-être juste un prompt et un GPU qui chauffe.
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