L’IA bouffe les juniors et Mark Russinovich a les crocs

Alors que les think tanks tech se demandent si l’IA va remplacer les devs, la vraie question, c’est : qui va remplacer les devs de demain ? Mark Russinovich, CTO Azure, et Scott Hanselman, VP dev community chez Microsoft, viennent de balancer une tribune dans Communications of the ACM qui fout les boules. Pour eux, l’IA est en train de creuser un trou dans la pyramide des compétences, et les juniors en paient le prix fort.

Le piège de la productivité

Le raisonnement, c’est du bon sens : l’IA booste les seniors, qui deviennent des machines à coder, et dans le même temps elle aspire le boulot qui faisait office de formation pour les juniors. Résultat : les entreprises embauchent des seniors et automatisent (ou suppriment) les postes juniors. Une étude Harvard citée dans l’article montre que l’emploi des 22-25 ans dans les métiers exposés à l’IA a dévissé de 13% après la sortie de GPT-4, quand les postes seniors grimpaient tranquillement. 67% de baisse des embauches entry-level depuis 2022, selon d’autres données. C’est pas une tendance, c’est un glissement de terrain.

Le syndrome du sleep call

Russinovich et Hanselman ne se contentent pas de stat. Ils racontent des anecdotes qui font froid dans le dos. Un agent IA qui corrige un problème de concurrence (race condition) en balançant un sleep : le genre de rustine à la con qui masque le bug sans le régler. Un junior qui voit ça l’apprend et le reproduira. Un senior qui sait juger ? Il gueule. Mais sans passer par la case junior, on n’apprend pas à juger. Les auteurs appellent ça la « systems taste », le pif de l’archi, et ça ne s’attrape pas avec Copilot.

IA qui dort, faim qui vient

Mais pendant que Microsoft pleure sur le sort des devs débutants, un autre angle pointe son nez : une lettre au Guardian rappelle que l’angoisse existentielle de l’IA, c’est un luxe. Lynsey Hanley, bénévole à Liverpool, décrit sa réalité : des gens dans la rue, la pauvreté qui ronge, et l’IA comme un problème lointain, presque abstrait. « Si vous perdez le sommeil à cause de l’IA plus qu’à cause des gens qui dorment sur du carton, c’est que vous êtes un privilégié. » Ambiance.

Moralité : l’IA est en train de scier la branche sur laquelle les prochains seniors devaient s’asseoir, pendant que le monde brûle ailleurs. La solution des deux compères ? Un « préceptorat » façon médecine : les juniors codent avec un senior qui les regarde faire, comme un interne sous la supervision d’un toubib. Apprendre le jugement, pas juste le code. Une idée qui a du sens, mais qui sent bon le pansement sur une hémorragie. Parce qu’en attendant, la pyramide se vide par le bas, et les start-up lèvent des milliards pour remplacer les humains par des agents. Bonne chance, les petits.


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